Le Parti socialiste, un parti d'élus locaux sans ambition nationale ?

Thematiques · 22 fév. 2008 à 18:27

Rue de Solferino

Depuis plusieurs années, le Parti Socialiste est en crise : crise idéologique et de leadership. Depuis la victoire de François Mitterrand en 1988, le PS a perdu toutes les élections présidentielles, celle de 2007 étant la troisième défaite consécutive. Depuis l'échec de Lionel Jospin en 2002, le PS s'est montré incapable de rénover son programme, de faire émerger de nouveaux leaders. Faute d'un succès à la présidentielle, les élections législatives de 2002 et 2007 se sont soldées par un échec. Mais paradoxalement, alors que l'opposition socialiste peine à se faire entendre au niveau national, le PS aborde les élections municipales en position de force. Le Premier secrétaire du PS, François Hollande, pense que le PS peut être en mesure de récupérer 30 villes de plus de 20 000 habitants. En crise au niveau national, en pleine santé au niveau municipal, le PS ne serait-il pas devenu un simple parti d'élus locaux ?

PS : crise nationale et dynamisme local

Au Parti Socialiste, les éléments de la crise déclenchée en 2002 avec la défaite de Lionel Jospin dès le premier tour de l'élection présidentielle sont toujours présents : un projet non renouvelé, une crise d'identité, des divergences de vue sur la stratégie d'alliance, des divisons sur l'Europe, une cacophonie au sommet pour la bataille de leadership.
Dans le même temps, le PS aborde ces élections municipales en position de force. Des villes comme Paris, Lyon et Lille sont quasiment assurées de rester à gauche, l'UMP est également distancée dans un grand nombre de villes moyennes. Objectif du PS : reconquérir une trentaine de villes de plus de 20 000 habitants. Comme en 2004, lorsque le parti avait gagné 21 régions sur 22 lors d'élections régionales qui avaient été une véritable déroute pour la droite, le PS semble beaucoup plus à l'aise aux élections locales qu'aux élections nationales. Un parti dans l'opposition aborde les élections locales souvent en position de force, les élections intermédiaires étant un moyen pour l'opinion de manifester son mécontentement à l'égard du gouvernement.

Le PS a-t-il renoncé à la conquête du pouvoir d'Etat au profit d'un pouvoir local ?

Assiste-t-on à un partage des tâches entre l'UMP et le PS ? A la droite, la gestion des affaires nationales, à la gauche, la politique locale. A force de gagner les élections locales et de perdre les élections nationales, le PS n'est-il pas en train de se transformer en simple parti d'élus locaux ? Les programmes des deux partis politiques reflètent cette tendance : la droite a des positions bien arrêtées sur le marché, la sécurité, la justice, c'est-à-dire toutes les fonctions régaliennes de l'Etat et son implication dans l'économie. Sur ces questions, le PS est divisé.
En revanche, au niveau local, les élus socialistes ne rencontrent pas ces problèmes : les politiques d'urbanisme, les questions sur l'accueil de la petite enfance, les transports, font consensus. D'ailleurs à la différence de ce qui se passe dans les instances nationales du parti, les élus socialistes ne rencontrent pas les difficultés idéologiques du PS : le rapprochement avec le MoDem est par exemple plus facile au niveau local qu'au niveau national. Le rapport de la gauche avec l'économie de marché n'est pas un problème : Bertrand Delanoë n'a pas hésité à confier le projet de "velib" à une entreprise privée pour gérer un système qui aurait été trop coûteux pour les finances de la ville.

Un retour vers le "socialisme municipal" des années 1960 ?

La tendance des socialistes à renoncer au pouvoir national pour se concentrer sur les élections locales se résume en une formule : le "socialisme municipal". Cette théorie est née de l'idée qu'il faut renoncer à la conquête du pouvoir d'Etat, car celui-ci corrompt et empêche souvent de tenir ses promesses, pour se concentrer sur des élections locales. C'est ce qui s'est passé dans les années 1960, quand l'ancêtre du PS, la SFIO, s'est repliée sur ses bastions locaux dans un contexte où le pouvoir gaulliste dominait la scène politique nationale.
Aujourd'hui, dans un contexte de décentralisation avec des collectivités territoriales (régions, départements) qui voient leur compétence renforcée, la tentation d'un retour au "socialisme municipal" est forte. Après tout, la défaite aux élections présidentielles est le meilleur garant d'élections locales réussies venant sanctionner un pouvoir central devenu impopulaire. La question est donc de savoir si le PS a renoncé à conquérir le pouvoir national, les élus se contentant d'un pouvoir local renforcé. Il a fallu toute la détermination de François Mitterrand pour transformer un Parti Socialiste en véritable machine de conquête du pouvoir. Or, aujourd'hui, faute de leader charismatique, le PS ne semble pas être en ordre de marche pour reconquérir ce pouvoir. Pire, la direction nationale du parti socialiste est même contestée par les fédérations du parti.

Des fédérations socialistes qui défient le bureau national

La perte d'autorité de la direction nationale est de plus en plus perceptible et accentue l'autonomisation des fédérations socialistes. Par exemple, lors de la préparation de ces municipales, certaines fédérations ont défié ouvertement la direction du parti en refusant d'appliquer une décision du bureau national. Certaines fédérations ont rejeté des parachutages, même au nom de la diversité. Des candidats issus de l'immigration, comme à Orly, ont dû mal à se faire accepter.
Parfois, certaines fédérations prennent même des décisions contraires à la ligne officielle définie à Paris. Ainsi, la fédération socialiste de l'Hérault a apporté son soutien à la candidature de Georges Frêche aux élections sénatoriales alors que ce dernier s'est fait exclure du PS pour des propos sur les Noirs et les harkis. La question de la place des élus locaux dans le parti est donc posée.

La question de la place des élus locaux dans le parti

Aujourd'hui, sur 160 000 adhérents du Parti Socialiste, 20% sont des élus (députés, sénateurs, conseillers municipaux, généraux et régionaux). Or, sur les 70 membres du bureau national, la place des élus locaux est jugée très insuffisante. Pour éviter le risque d'un retour en force du "socialisme municipal", certains estiment qu'il faut accorder plus de pouvoir aux élus locaux dans les instances nationales pour les impliquer dans une stratégie de reconquête du pouvoir national. Pour l'heure, les maires des villes moyennes et surtout les présidents de région sont tenus à l'écart de la direction du Parti, rue de Solferino à Paris. Dans la réflexion sur la refondation du Parti, les socialistes devront donc s'interroger sur la place des élus locaux : elle est prépondérante en terme d'effectifs, mais marginale au sein de la direction nationale aujourd'hui.




Il y a donc bien une tentation du PS de devenir un simple parti d'élus locaux sans ambition nationale. Les défaites aux législatives et aux présidentielles sont souvent la promesse de futures victoires aux élections locales. Paradoxalement, une trop forte victoire aux élections locales pourrait paralyser un Parti Socialiste qui s'estimerait pouvoir s'exonérer d'une profonde refondation. L'engrenage serait alors terrible : une large victoire aux municipales pourrait aboutir à un statu-quo au niveau national qui serait la meilleure garantie d'une défaite à la prochaine présidentielle, celle-ci ne dérangeant pas des élus locaux plus soucieux de leur réélection que d'un retour au gouvernement.

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