Julien Dray, un dirigeant socialiste aux multiples facettes

Enquête · 5 nov. 2007 à 17:50

Julien Dray

Portrait de Julien Dray
Julien Dray a une personnalité politique assez insaisissable. Ses détracteurs diront que son parcours surprenant obéit à une stratégie opportuniste. D'autres, qu'il sait se remettre en cause et tirer les leçons des différentes défaites du PS. Pendant longtemps, Julien Dray a appartenu à des courants minoritaires au PS. Mais depuis 2003, il a pris une place très importante au Parti Socialiste, grâce notamment à sa proximité avec François Hollande, puis Ségolène Royal. (Série 8/20)


Pendant un mois, Politique.net propose une série de 20 portraits de personnalités politiques du Parti Socialiste qui pourraient compter dans un avenir proche. La victoire de Ségolène Royal lors de la primaire socialiste en 2006 avait montré l'envie des militants de tourner la page des Eléphants du PS. Exit Jospin, Fabius, DSK, Hollande. En 2008, un congrès exceptionnel doit se tenir pour désigner le successeur de François Hollande. Qui va prendre le contrôle du PS ?

Origines et formation

Julien Dray est né le 5 mars 1955 à Oran en Algérie. A son arrivée en France, sa famille s'installe à Noisy le Sec. Après des études secondaires au lycée Olympe de Gouges de Noisy le Sec, il entre à la faculté de Paris XIII. Il obtient une licence puis un DEA de Sciences économiques. C'est au cours de ses études universitaires que Julien Dray s'engage politiquement au sein d'associations étudiantes d'extrême gauche. En 1970, à l'âge de 15 ans, il devient membre de la Ligue Communiste Révolutionnaire et milite au Mouvement d'Action Syndical, une des organisations qui donnera naissance à l'UNEF-ID en 1980. En 1981, il quitte la LCR pour devenir membre du Parti Socialiste.

Une activité militante et associative très active

Pendant toutes ces années, Julien Dray tisse des liens très étroits avec le milieu associatif. Vice-président de l'UNEF-ID, il a aussi participé à la création de SOS Racisme avec Harlem Désir en 1984 et a occupé le poste de vice-président de l'association pendant 4 ans. Aujourd'hui encore, Julien Dray a conservé des liens étroits avec le milieu associatif et syndicaliste, notamment la FIDL (syndicat de lycéen), ou l'association "Ni Putes, ni soumises".

De la gauche socialiste au NPS

Arrivé au PS en 1981, Julien Dray va s'attacher à créer un courant situé à la gauche du parti. En 1988, ce courant devient la "gauche socialiste", et compte notamment parmi ses membres Jean-Luc Mélenchon et Marie-Noëlle Lienemann. Pendant plus de 10 ans, Julien Dray et Jean-Luc Mélenchon vont défendre une ligne plus à gauche au PS et s'opposer au réformisme social-démocrate.
Mais au bout de toutes ces années, l'envie de ne plus être dans la minorité du PS est trop forte pour Julien Dray. En 2002, Jean-Luc Mélenchon rejoint Henri Emmanuelli au sein du courant "Nouveau monde", à la gauche du PS, et Julien Dray fonde avec Peillon, Montebourg et Hamon, le NPS (Nouveau Parti Socialiste) pour défendre une refondation du parti après le choc du 21 avril et l'élimination de Lionel Jospin au 1er tour de la présidentielle.

Le "monsieur sécurité" au PS

Entre 1997 et 2003, Julien Dray occupe le poste de secrétaire national, chargé de la sécurité au PS. Elu d'une circonscription populaire de l'Essonne, il mesure les dégâts de l'insécurité et n'hésite pas à adopter des positions souvent plus dures que la ligne officielle du PS. Ainsi, lors la présentation du projet de loi de sécurité intérieure présentée par Nicolas Sarkozy devant l'Assemblée Nationale, Julien Dray avait déclaré : "Pour le bien-être de notre pays, je ne peux que souhaiter votre succès". Cette sensibilisation aux questions d'insécurité est directement liée à son statut d'élu local de l'Essonne.

Une arrivée surprise à la direction du PS en 2003

Lors du congrès de 2003, le NPS se divise sur la position à adopter vis-à-vis de la majorité de François Hollande. Contre toute attente, Julien Dray claque la porte du NPS pour rejoindre le courant majoritaire et la direction du Parti. Dès lors, il devient porte-parole et se trouve enfin au coeur du dispositif. Entre 2003 et 2006, Julien Dray participe à toutes les décisions stratégiques au Parti Socialiste. Fidèle soutien de François Hollande, il aide le premier secrétaire à faire la synthèse de tous les courants et défend le "Oui" au référendum pour la constitution européenne en 2005.

Son rôle dans la campagne présidentielle de Ségolène Royal

Proche de François Hollande, Julien Dray a soutenu Ségolène Royal dès 2006 pour l'élection présidentielle. Selon les journalistes du Monde, Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin, auteurs de "La femme fatale", Julien Dray aurait eu un rôle ambiguë : proche du couple, il aurait joué une sorte de double-jeu afin d'être le mieux placé pour devenir incontournable en 2007. Mais Julien Dray conteste cette version des faits.
Pendant la campagne électorale, il a obtenu le poste de conseiller chargé de la coordination des portes paroles. Il a tenté de donner une certaine cohérence à une campagne où la communication entre le parti et le staff de la candidate était difficile.

Législatives 2007 : une réélection difficile

Depuis 1988, Julien Dray est député de la 10ème circonscription de l'Essonne (Grigny, Sainte-Geneviève-des-Bois). Depuis 1998, il est aussi vice-président du conseil régional d'Ile-de-France, en charge de la jeunesse. Julien Dray connaît donc très bien la situation en banlieue.
Mais, aujourd'hui, il n'habite plus dans l'Essonne et n'est présent dans sa circonscription plus qu'un jour par semaine. Il reconnaît lui-même qu'il n'a pas le profil type de l'élu local mais se défend de délaisser ses administrés. Selon lui, l'appareil militant local lui fait remonter toutes les difficultés et lui permettent de se tenir au courant de tout ce qui se passe. **
Réélus sans problème depuis 1988, Julien Dray a failli perdre son siège de député en juin 2007. Au premier tour, son adversaire UMP était même arrivé en tête. Mais grâce à une forte mobilisation au deuxième tour, Julien Dray est parvenu à se faire réélire.

Malgré ces difficultés, Julien Dray est resté fidèle à Ségolène Royal. Ces derniers mois, il s'est fait plus discret dans les médias. Lors du prochain congrès socialiste en 2008, il pourrait jouer un rôle de premier plan dans l'équipe dirigeante si Ségolène Royal devenait Premier secrétaire.



** Anne Rohou, "Julien Dray, bonne conscience sécuritaire", Le Monde, 3 avril 2007

*** Liens

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