Henri Weber, le co-fondateur de la LCR devenu fabiusien

Thematiques · 27 déc. 2007 à 23:14

Henri Weber

On peut être député européen socialiste et avoir appelé à voter Non à la Constitution européenne de 2005. On peut être co-fondateur de la LCR et inviter à son mariage la gaulliste Françoise de Panafieu. Henri Weber est tout à la fois. Ce fidèle de Laurent Fabius fait partie de la garde rapprochée de l'ancien Premier ministre. Entré au PS en 1986, il y a occupé de nombreux postes. Aujourd'hui, alors que l'ambition présidentielle de Laurent Fabius s'éloigne, Henri Weber, 63 ans, est le chef de file, avec Claude Bartolone, des Fabiusiens. Un courant qui pèse encore 20% des militants au Parti Socialiste.


Portrait d'Henri Weber. Série 16/20

Pendant deux mois, Politique.net propose une série de 20 portraits de personnalités politiques du Parti Socialiste qui pourraient compter dans un avenir proche. La victoire de Ségolène Royal lors de la primaire socialiste en 2006 avait montré l'envie des militants de tourner la page des Eléphants du PS. Exit Jospin, Fabius, DSK, Hollande. En 2008, un congrès exceptionnel doit se tenir pour désigner le successeur de François Hollande. Qui va prendre le contrôle du PS ?

Les premières années à la LCR

Henri Weber est né le 23 juin 1944 à Leninabad en ex-URSS. Fils d'immigré d'Europe de l'Est, il a grandi à Belleville. Docteur en philosophie et en sciences politiques, il est le co-fondateur avec Alain Krivine de la Ligue Communiste Révolutionnaire en 1968 et le premier directeur du journal du parti "Rouge" créé grâce aux droits d'auteur de son livre, Mai 1968 : une répétition générale, réédité depuis au format poche tous les dix ans. En juin 1973, Henri Weber rencontre Fabienne Servan-Schreiber, devenue productrice de films plus tard, avec qui il va avoir trois enfants.

De la LCR au Parti Socialiste

En 1986, comme beaucoup de cadres socialistes aujourd'hui, Henri Weber abandonne la LCR et rejoint le Parti Socialiste. Rapidement, il se rapproche de Laurent Fabius qui lui offre pour la première fois un poste de conseiller technique à son cabinet de la présidence de l'Assemblée nationale entre 1988 et 1991. En 1992, changement d'affectation, il entre au cabinet de Martin Malvy , et dans celui de Louis Mermaz l'année suivante, tous deux ministres chargés des relations avec le Parlement.

Un proche de Laurent Fabius dans les couloirs du PS

Avec Claude Bartolone, Henri Weber fait partie des fidèles lieutenants de Laurent Fabius. Il a contribué à la construction méthodique de ce courant. Entre 1993 et 2003, Henri Weber a exercé les fonctions de secrétaire national au PS en charge, successivement, de la formation, de la Culture et des Médias. Membre du bureau national du parti, il s'est occupé de l'organisation des Journées d'été de la Rochelle et de la Revue socialiste. Depuis novembre 2005, il est secrétaire national en charge de la formation.

Ses mandats électoraux successifs

Parallèlement à ses activités au Parti Socialiste et dans les cabinets ministériels, Henri Weber a multiplié les mandats. Entre 1988 et 1995, il est maire-adjoint de Saint-Denis. Entre 1995 et 2001, il exerce les mêmes fonctions mais cette fois-ci, dans la ville de Dieppe. En 1995, il est élu sénateur de Seine-Maritime pour une durée de 9 ans. Enfin, en 2004, il est élu député européen en tant que tête de liste du PS dans le Nord.

Un député européen qui vote Non au référendum sur la constitution européenne

C'est donc en tant que député européen qu'Henri Weber va accompagner le virage à gauche de son mentor, Laurent Fabius. Ce dernier, après avoir été ministre de l'économie de Lionel Jospin et fait de la réduction des impôts une priorité, opère un virage stratégique à 180° en occupant le flan gauche du PS. Depuis le retrait de la vie politique de Lionel Jospin en 2002, Laurent Fabius est persuadé que son heure est venue après une traversée du désert d'une dizaine d'année. Mais pour s'imposer au PS face à la génération montante, il décide de tenir un discours plus à gauche que d'habitude. En 2005, contre toute attente, il va même jusqu'à défendre le Non au référendum sur la constitution européenne, considérant que celle-ci était d'inspiration libérale. Henri Weber, ancien trotskiste, va suivre Laurent Fabius et faire campagne pour le Non alors que son engagement européen n'est pas à mettre en doute puisqu'il est député au parlement de Strasbourg.

Une position en retrait pendant la campagne présidentielle

Après avoir soutenu Laurent Fabius au cours de la primaire socialiste de 2006 pour désigner le candidat à l'élection présidentielle, Henri Weber s'est montré discret pendant la campagne de Ségolène Royal. En retrait ces derniers mois, il n'a pas publié de livres sur la campagne, contrairement aux deux autres fabiusiens, Claude Bartolone et Guillaume Bachelay.

Un mariage en 2007 qui a réuni toutes les gauches

Le 15 septembre 2007**, après plus de 30 ans de vie commune et trois enfants, Henri Weber et Fabienne Servan-Schreiber décident de se marier en grande pompe au Cirque d'hiver de Paris. La liste des invités est impressionnante et rappelle le parcours politique de ce trotskiste devenu député européen socialiste. Toutes les personnalités de gauche, et quelques-unes de droite, ont été invitées pour ce mariage hors-norme : Bertrand Delanoë, Ségolène Royal (qui s'interroge à table du contenu du livre que Lionel Jospin s'apprête à sortir sur elle), Lionel Jospin et sa femme, Dominique Strauss-Kahn (futur patron du FMI), Laurent Fabius (parti avant le dîner), Martin Hirsch et Jean-Pierre Jouyet (membres du gouvernement Fillon), Bernard Kouchner et Christine Ockrent (qui ont dansé le sirtaki), Françoise de Panafieu (candidate UMP à la mairie de Paris), Edgar Morin (sociologue et philosophe), Régis Debray, Gérard Miller (psychanalyste médiatique), Jérôme Clément et Patrick de Carolis (Arte, France Télévisions), Jean-François Kahn (directeur de Marianne), Alain Minc (proche de Sarkozy), Patrick Bruel, Carla Bruni, Fanny Ardant, Julien Clerc... Ils sont tous là. Seul absent de marque : Alain Krivine. Il a décliné l'invitation à ce qu'il considérait comme un dîner politico-mondain coupé de la réalité.

Après une année 2007 couronnée par ce mariage hors-norme, Henri Weber devrait sortir de son silence médiatique en 2008 pour porter la parole des Fabiusiens lors du prochain congrès qui désignera la nouvelle direction du Parti Socialiste.


** Ariane Chemin, "La gauche à la noce", Le Monde, 3 octobre 2007

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