Retour de vacances : les dossiers de rentrée des ministres

Enquete · 28 août 2008 à 13:30

Rentrée des ministres

Hier, mercredi 27 Août, s'est déjà tenu le deuxième conseil des ministres de rentrée. François Fillon avait anticipé l'agenda officiel en tenant un conseil restreint le 18 Août pour annoncer que face à la crise économique et au retournement de conjoncture, le gouvernement... maintenait le cap. Pas de nouvelles annonces donc. En réalité, la rentrée officielle n'avait pas encore sonné. Pendant leurs quelques semaines de vacances, les ministres ont peaufiné leurs chantiers pour la deuxième année du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Revue de détail des projets du gouvernement Fillon dans les semaines qui viennent.

Revue de presse du jeudi 28 Août 2008

- L'Express : Sarkozy devient un autre président
- Le Monde : La rentrée sociale s'annonce calme pour le gouvernement
- Le Figaro : Pouvoir d'achat : les Français déçus par le gouvernement

Martin Hirsch, le ministre de la rentrée avec le RSA

Martin Hirsch, jusqu'ici très discret depuis qu'il est devenu "Haut commissaire aux solidarités actives" en mai 2007, est incontestablement le ministre de la rentrée avec la mise en place du Revenu de Solidarité Active (RSA). Préparé depuis plus d'un an, le RSA est un dispositif qui va permettre à un chômeur de retrouver du travail tout en conservant certains minimas sociaux afin que cette reprise de travail ne soit pas synonyme de perte de pouvoir d'achat. Le RSA a vocation à remplacer le RMI et tous les autres minimas avec comme double objectif : inciter les chômeurs à retrouver un emploi et aider les plus précaires. Martin Hirsch a reçu l'assurance de Nicolas Sarkozy que le RSA serait appliqué dès 2009 et financé en partie par une taxe de 1% sur le capital (assurances vie, patrimoine immobilier...).

Jean-Louis Borloo prépare une fiscalité écologique

La phase législative du Grenelle de l'environnement devait se dérouler en trois temps, notamment afin de différer les mesures les plus coûteuses de cette politique de développement durable, en raison du contexte délicat des finances publiques. Mais Nicolas Sarkozy a finalement demandé à Jean-Louis Borloo d'accélérer la transposition législative du Grenelle. Le président de la République souhaiterait ainsi faire de l'économie durable un thème de rentrée, en réponse au ralentissement de la croissance. Jean-Louis Borloo va donc présenter dans les prochaines semaines une fiscalité écologique, en étendant le principe du "bonus-malus" déjà appliqué à l'automobile : taxer plus les produits polluants, et alléger la fiscalité sur les biens plus écologiques. Là encore, en raison des déficits publics, pas sûr que le gouvernement ait les moyens de financer un système plutôt coûteux pour l'Etat, les malus ne compensant pas totalement les bonus.

Xavier Bertrand s'occupe de la participation et de l'intéressement

Très en vue pendant la première année du quinquennat de Nicolas Sarkozy, Xavier Bertrand risque la marginalisation si l'économie domine la rentrée politique. En charge du travail et des relations sociales, il présentera tout de même le texte sur la participation et l'intéressement, deux dispositifs censés améliorer le pouvoir d'achat des salariés. Le gouvernement entend faciliter le paiement de primes par l'employeur au salarié lorsque l'entreprise réalise des bénéfices.
Mais Xavier Bertrand va surtout consacrer sa rentrée à l'UMP. Secrétaire général adjoint depuis quelques mois, il devrait poursuivre le tour des fédérations et faire quelques voyages à l'étranger pour compenser son déficit d'image sur la scène internationale, afin de se préparer, le cas échéant, à remplacer François Fillon à Matignon.

Xavier Darcos accélère la réforme de l'Education nationale

A quelques jours de la rentrée scolaire, le ministre de l'Education nationale est sur tous les fronts. Il vient d'annoncer toute une série de mesures : versement d'une prime de 1500 euros pour les 20 000 professeurs stagiaires qui font leur entrée dans l'éducation nationale, versement d'une prime de 500 euros pour les profs qui font plus de 3 heures supplémentaires par semaine. Voilà pour les gages donnés aux enseignants.
Dans le primaire, la semaine de 4 jours est mise en place, le droit d'accueil en cas de grève entre application, et les nouveaux programmes du primaire sont censés se recentrer sur les matières fondamentales, français et mathématiques. Dans le secondaire, Xavier Darcos va s'attaquer à la réforme du lycée en commençant par la classe de Seconde. La réforme s'achemine vers un système de modules optionnels : les élèves pourront choisir la moitié de leurs matières (les matières fondamentales étant enseignées toute l'année) et les changer après le premier semestre en cas de difficulté.

Roselyne Bachelot doit gérer le déficit de la Sécurité sociale

Après les frasques de la ministre des Sports cet été pendant les JO de Pékin (hier, elle est venue avec des sabots roses à l'Elysée, après avoir fait le pari que les sportifs français ramèneraient 40 médailles), Roselyne Bachelot va devoir s'attaquer à un dossier certainement moins plaisant : le déficit de la sécurité sociale. Ministre des Sports et de la Santé, elle va devoir élaborer un énième plan de réduction des dépenses pour contenir le déficit structurel de la Sécurité sociale (près de 10 milliards d'euros de déficit en 2007). Déremboursement, hausse des franchises médicales, taxation des mutuelles : toutes les pistes sont envisagées.

Eric Woerth a les yeux sur les comptes

Le ministre du budget et des comptes publics, Eric Woerth, a une mission impossible pour cette rentrée : respecter l'engagement de la France de contenir son déficit public à 2,5 % du PIB. Or, avec le ralentissement de la croissance économique, la situation des finances publiques s'est aggravée : les recettes fiscales sont plus faibles que prévu et l'inflation a alourdi la charge de la dette. En outre, le gouvernement s'apprête à annoncer des réformes coûteuses pour l'Etat : la mise en place du Revenu de Solidarité Active (coût total estimé à plus de 8 milliards d'euros) et la création d'une fiscalité écologique sur le principe du "bonus-malus" (qui ne se fait pas à coût nul).

Les oubliés de la rentrée : Christine Lagarde, Rachida Dati, Michèle Alliot-Marie

Quelques ministres importants du gouvernement s'attendent à une rentrée compliquée pour exister. Paradoxalement, alors que la crise économique domine l'actualité, Christine Lagarde pourrait être l'une des ministres oubliées de la rentrée. Comme l'a dit François Fillon le 18 Août dernier, aucun plan de relance n'est prévu par le gouvernement. Avec la loi TEPA de l'été 2007, et les dispositifs d'intéressement présentés par Xavier Bertrand en septembre, le gouvernement a déjà fait voter ses principales réformes économiques. Avec une faible croissance et un déficit public très élevé, le gouvernement ne dispose donc plus de marge de manoeuvre dans ce domaine.
Les cas de Rachida Dati et Michèle Alliot-Marie sont différents. Au cours de la première année du quinquennat de Nicolas Sarkozy, Rachida Dati a fait voter les principaux textes de réforme de la justice : peines planchers, carte judiciaire, rétention de sûreté, création du poste de contrôleur des prisons, modernisation des tribunaux. Difficile alors pour Rachida Dati d'exister médiatiquement si le ministère de la Justice devient une coquille vide. Enfin, bien placé dans l'ordre protocolaire du gouvernement, Michèle Alliot-Marie peine pourtant à exister. Nicolas Sarkozy est resté le ministre de l'Intérieur de fait, la ministre est obligée de se cantonner à assurer l'intendance Place Beauvau.



La rentrée des ministres s'annonce donc chargée. Nicolas Sarkozy, après un été dominé par la politique internationale (JO de Pékin, conflit en Géorgie), sait que ce sont sur les dossiers de politique intérieure qu'il sera jugé par l'opinion, avec encore et toujours le problème du pouvoir d'achat.

*** Liens

- Eté 2008 : où étaient donc passés les ministres ?
- Quelle est la différence entre la dette publique et le déficit budgétaire ?
- En pleine crise pétrolière, qu'est devenu le Grenelle de l'environnement ?
- La réforme cachée de l'Education nationale, version Xavier Darcos
- Déremboursement : quand Roselyne Bachelot navigue à vue et se contredit

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Rétro 2007 : Le 28 Août 2007, Nicolas Sarkozy redéfinissait la politique étrangère de la France

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