Martine Aubry, la 3ème candidate du congrès face à Royal et Delanoë ?

Enquete · 2 juin 2008 à 21:04

Martine Aubry

Ceux qui se sont appelés les "reconstructeurs" se sont réunis dimanche à Paris. En vue de la préparation du congrès du PS, une troisième force socialiste est en train de se constituer face à Ségolène Royal et Bertrand Delanoë. Plusieurs courants souhaitent en effet sortir du duel annoncé des présidentiables. Les Strauss-khaniens, les fabiusiens ainsi que des courants secondaires ont décidé de s'allier pour écarter Royal et Delanoë et dissocier l'avenir du PS de l'élection présidentielle de 2012. Pierre Moscovici était jusqu'à présent le seul candidat déclaré des reconstructeurs. Mais hier, Martine Aubry a été ovationnée par l'Assemblée. Sera-t-elle la 3ème candidate du congrès ?

Revue de presse du lundi 02 juin 2008

- Libération : Aubry, l'autre femme du PS
- NouvelObs : Le duel Delanoë-Royal reste incertain
- Le Point : Martine Aubry barre la route de Pierre Moscovici

Un retour inattendu après 5 ans de traversée du désert

Martine Aubry était l'une des figures emblématiques des 5 années du gouvernement Jospin. Elle avait porté les mesures les plus symboliques, à commencer par la réforme des 35 heures. En 2002, elle a subi de plein fouet l'échec de la gauche plurielle. La mesure des 35 heures a été très décriée et Martine Aubry a perdu son siège de député à l'Assemblée Nationale. Entre 2002 et 2007, elle s'est tenue à l'écart de la politique nationale en se repliant sur la mairie de Lille. Son retrait semblait définitif quand le PS a renoncé à lui accorder la circonscription qu'elle souhaitait aux législatives de 2007. Elle ne s'est donc pas présentée. Elle n'a donc plus été élue à l'Assemblée nationale depuis 10 ans. Pourtant, sa réélection triomphale à la maire de Lille en mars dernier et sa conquête de la communauté urbaine de Lille ont changé la donne. Ses deux victoires ont relancé celle qui avait mis ses ambitions entre parenthèse. Sentant que le duel annoncé Royal/Delanoë était craint par une partie des responsables socialistes, elle s'est progressivement impliquée dans la coalition des "reconstructeurs".

Martine Aubry, anti-royal et moins présidentiable que Delanoë

Les "reconstructeurs" regroupent une coalition hétéroclite (partisans de Strauss-Kahn, Fabius et Montebourg) qui ne souhaitent pas l'élection d'un présidentiable (Delanoë ou Royal) à la tête du Parti Socialiste en novembre prochain. Jusqu'à présent, seul Pierre Moscovici s'était officiellement déclaré candidat. Mais la maire de Lille a rejoint le mouvement des reconstructeurs et semble se positionner idéalement pour être la candidate de cette coalition. En juin prochain, chaque courant doit déposer un texte préparatoire en vue du dépôt d'une motion pour le congrès du PS. Pour l'instant, les "reconstructeurs" vont déposer 3 textes : l'un rédigé par les fabiusiens, l'autre par les Strauss-Khaniens, le troisième par Martine Aubry. Mais ces trois tendances savent que contrairement à Ségolène Royal et Bertrand Delanoë, elles ne peuvent à elles seules obtenir la majorité au congrès de novembre. C'est pourquoi ces trois tendances devraient présenter une motion commune en septembre prochain, synthétisant les trois textes déposés en juin. Martine Aubry, plus médiatique que Pierre Moscovici, pourrait alors être la 3ème candidate sérieuse du congrès.

Atouts et handicaps de la maire de Lille

Martine Aubry peut-elle être la surprise du congrès de Reims ? Face à Ségolène Royal et Bertrand Delanoë, elle dispose de véritables atouts. Si leur ligne politique est sensiblement identique, leur approche varie. Martine Aubry n'apparaît pas pour l'instant comme une présidentiable en 2012. Son arrivée à la tête du PS permettrait de neutraliser les deux principaux candidats et éviter une guerre des chefs. En outre, elle a une approche plus consensuelle que Bertrand Delanoë et Ségolène Royal : le maire de Paris a créé la polémique la semaine dernière avec sa revendication libérale alors que Ségolène Royal a bâti son ascension en bousculant les habitudes du parti. Martine Aubry est réformiste comme eux mais elle a un profil sans doute plus rassurant. Fidèle à Lionel Jospin, elle reste prudente dans ses choix et offre un visage plus consensuel que les deux autres candidats.
Dans le même temps, la maire de Lille devra surmonter de sérieux handicaps. En terme d'image, Martine Aubry est d'abord celle qui incarne la réforme des 35 heures, si décriée ces dernières années. Elle doit donc assumer une réforme perçue à la fois comme un acquis social par l'opinion mais aussi comme une mesure qui a déstabilisé un certain nombre de secteur et de service public, comme celui de l'hôpital. Deuxièmement, la maire de Lille a perdu une bonne partie de ses réseaux depuis sa traversée du désert en 2002. Le chemin vers une candidature et le ralliement de tous les reconstructeurs et même au-delà n'est pas joué d'avance, d'autant plus qu'elle conserve une réputation de femme autoritaire dans la gestion des affaires politiques.


La porte est donc entrouverte pour Martine Aubry. Si le parcours jusqu'au congrès est encore long, elle se place aujourd'hui en position d'outsider dans un scénario qui écarterait les deux présidentiables du parti pour éviter la guerre des chefs pendant 4 ans. La maire de Lille pourrait alors devenir Première secrétaire du Parti à deux conditions : que les reconstructeurs présentent une motion commune en septembre et ne se divisent pas d'ici là, et que des candidats plus jeunes comme Pierre Moscovici acceptent de passer leur tour. La fenêtre de tir est donc étroite.

*** Liens

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