Histoire des élections des Premiers secrétaires du PS : des affrontements souvent inévitables

Rétrospectives · 21 nov. 2008 à 21:33

Congrès du PS, Rocard Mitterrand

Après 11 années à la tête du PS, François Hollande passe la main. La désignation de son successeur n'a pu se faire dans le consensus et le congrès de Reims a fait éclater au grand jour les divisions du Parti Socialiste. Les médias évoquent en boucle le spectacle affligeant d'un parti qui sombre dans les guerres internes. La bataille des idées a cédé la place à la bataille des personnes. Mais dans la longue histoire du Parti Socialiste, la désignation des Premiers secrétaires ne s'est jamais faite facilement.


Retour sur les combats politiques au sein du PS pour le poste de Premier secrétaire

1969 : Alain Savary, le Premier secrétaire qu'on n'attendait pas

Contrairement à ce qu'on dit souvent, la constitution du Parti Socialiste ne date pas exactement du congrès d'Epinay en 1971. C'est en 1969 que la SFIO (Section Française de l'Internationale Ouvrière) se transforme en nouveau Parti Socialiste. La SFIO, dirigée par Guy Mollet, avait été dissoute quelques mois plus tôt, à l'occasion du congrès de Puteaux. Lors de la création du PS, Guy Mollet souhaitait que Pierre Mauroy en devienne le Premier secrétaire, à condition qu'il nomme un de ses proches au poste de numéro 2. Mais Pierre Mauroy ayant refusé, Guy Mollet a soutenu un autre candidat, Alain Savary, qui a battu Mauroy d'une seule voix, lors du vote du comité directeur du nouveau parti. Dès la création du PS, l'élection du Premier secrétaire ne se déroule donc pas comme prévu.

1971 : François Mitterrand, un Premier secrétaire qui n'était pas membre du PS

En 1971, le congrès d'Epinay, souvent présenté comme le congrès fondateur du PS, est celui de la réunification de toutes les forces socialistes. A l'ouverture du congrès, le rapport de force est clair : un duel s'annonce entre Alain Savary, premier secrétaire sortant soutenu par Guy Mollet, et Pierre Mauroy, candidat malheureux deux ans plus tôt. François Mitterrand participe à ce congrès en tant que membre d'un groupe très minoritaire, la Convention des Institutions Républicaines. Officiellement, Mitterrand soutient Mauroy, mais celui-ci ne parvenant pas à fédérer suffisamment de responsables socialistes autour de sa candidature, François Mitterrand va manoeuvrer en coulisse pour apparaître comme le candidat du renouveau en axant son discours sur la conquête du pouvoir. A la surprise générale, après une petite manipulation comptable et la constitution d'une alliance inattendue, François Mitterrand devient Premier secrétaire du PS, parti dont il n'était pas membre trois jours plus tôt.

1988 : Pierre Mauroy, vainqueur contre le favori de l'Elysée

François Mitterrand est resté Premier secrétaire du PS jusqu'en 1981. Après son élection, il a désigné son successeur, Lionel Jospin, qui n'a quitté la rue de Solferino qu'en 1988, lorsqu'il est rentré au gouvernement. En 1988, il faut donc trouver un nouveau Premier secrétaire. François Mitterrand désigne Laurent Fabius comme successeur. Mais la majorité du Parti Socialiste est divisée et le choix de François Mitterrand est contesté. Une primaire est donc organisée entre le candidat de l'Elysée, Laurent Fabius, et le candidat de la base, Pierre Mauroy. Ce dernier remporte l'élection par 63 voix contre 54. En lot de compensation, Laurent Fabius obtient le poste de président de l'Assemblée nationale.

1992 : Laurent Fabius, le deal de l'ancien Premier ministre

En 1990, le congrès de Rennes donne lieu à un affrontement particulièrement violent entre Laurent Fabius et Lionel Jospin. Tous les deux souhaitent reprendre les rênes du parti au Premier secrétaire sortant, Pierre Mauroy. A l'issue d'un congrès qui restera dans toutes les mémoires, personne n'obtient la majorité absolue et pour la première fois dans l'histoire du Parti Socialiste, aucune synthèse n'a pu aboutir. Sans réel vainqueur, le congrès de Rennes se termine par le maintien de Pierre Mauroy.
Deux ans plus tard, la situation a changé : Michel Rocard est l'homme fort du parti après son éviction de Matignon, Laurent Fabius continue à faire le siège de la rue de Solferino pour succéder à Mauroy et Lionel Jospin est en retrait. Après d'âpres négociations, Pierre Mauroy cède sa place à Laurent Fabius, élu à l'unanimité par le comité directeur avec la promesse de soutenir Michel Rocard en vue de la prochaine élection présidentielle.

1994 : La chute de Rocard et la primaire inattendue

Au Parti Socialiste, rien ne se passe comme prévu. En 1993, à l'issue de la défaite historique des socialistes lors des élections législatives, Laurent Fabius est poussé à la démission. Le désir de renouvellement est très fort au sein des instances du parti et l'après-Mitterrand commence à se préparer. Michel Rocard apparaît comme le successeur naturel de François Mitterrand et le futur candidat de la gauche à la présidentielle de 1995. Il est donc logiquement élu Premier secrétaire du parti lors du congrès du Bourget de 1993 avec 80% des voix.
Mais là encore, rien ne se passe comme prévu. Michel Rocard est censé rester trois ans au poste de Premier secrétaire. Il a donc été élu pour mener le parti à la présidentielle. Seulement, l'année qui a suivi son élection à la tête du PS, Michel Rocard a mené la liste socialiste aux élections européennes. Avec seulement 14,6% des voix, c'est un échec. Michel Rocard, affaibli, demande alors au congrès national du PS un vote de soutien pour le confirmer à son poste. Mais contre toute attente, l'ancien Premier ministre est lâché par une partie des jospinistes et mis en minorité par les fabiusiens. 129 délégués votent contre son maintien et seulement 88 l'approuvent.
Michel Rocard est contraint de quitter la tête du PS en juin 1994. Une primaire est organisée dans la précipitation, opposant Dominique Strauss-Kahn et Henri Emmanuelli. Ce dernier est désigné Premier secrétaire du PS, et confirmé au congrès de Liévin en novembre 1994 avec 87% des voix.


Finalement, les seules fois où la succession du Premier secrétaire du PS n'a pas donné lieu à de violents affrontements, c'est lorsqu'un candidat unique se présentait. François Mitterrand a été élu quatre fois au poste de Premier secrétaire. Lionel Jospin a été élu sans difficulté entre 1981 et 1988 puisqu'il était à chaque fois le candidat unique. Même chose pour François Hollande. En novembre 1997, il est élu Premier secrétaire du PS avec 91% des voix. Lors de ses réélections successives, le maire de Tulle sera à chaque fois le candidat unique. Après 11 années de synthèse molle et trois défaites successives à l'élection présidentielle, le congrès de Reims ne pouvait aboutir que sur des affrontements. Un retour aux sources, en somme.

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