François Hollande, 11 années à la tête du Parti Socialiste

Thématiques · 1er sep. 2008 à 23:35

François Hollande

François Hollande a clôturé hier sa dernière université d'été du Parti Socialiste en tant que Premier secrétaire. Dans trois mois, il passera la main après 11 années à la tête du Parti Socialiste. Un record. Mais de l'avis de nombreux commentateurs, son bilan à la tête du PS est très mitigé. Retour sur le parcours de François Hollande à la tête du PS.


Portrait de François Hollande

Origines et formation

François Hollande est né à Rouen, le 12 août 1954 au sein d'une famille bourgeoise et catholique. Sa mère est assistante sociale, tandis que son père est médecin ORL. Il défend l'Algérie française avec ardeur. François Hollande découvre très jeune la passion du football et joue au FC Rouen, avant de déménager, à 14 ans, à Neuilly-sur-Seine, où au lycée Pasteur, il fait la connaissance de Christian Clavier, Thierry Lhermitte. Après avoir passé une licence de droit où il est à la tête de l'Union nationale des étudiants de France, il intègre Sciences Po à Paris. Enfin, il entre à HEC en 1974. Il fait son service militaire et se lie d'amitié avec Michel Sapin. A l'Ena, il fait la connaissance de Ségolène Royal. Ensemble, ils entrent au cabinet de Jacques Attali qui les introduit à l'Elysée, auprès du président François Mitterrand. Ils deviennent alors ses conseillers. En 1983, il est promu directeur de Cabinet de deux Porte-parole du Gouvernement : Max Gallo et Roland Dumas. Parallèlement, François Hollande, qui au départ se destinait à une carrière dans le privé, enseigne l'économie à Sciences politiques entre 1988 et 1992.

Un fief : la Corrèze

En 1981, alors qu'il n'a que 27 ans, François Hollande, auditeur à la Cour des comptes, se lance en politique. Sur les conseils de Jacques Delors, il se présente aux élections législatives en Corrèze dans le fief de Jacques Chirac. Il échoue de peu mais n'abandonne pas. En 1988, il est candidat à Ussel et est élu député. En 2001, il parvient à gagner la mairie de Tulle. Il est arrivé à faire sa place en Corrèze en suivant précisément la même stratégie de son adversaire Jacques Chirac : il mène une politique de terrain. Il se rend sur les marchés, rencontre les habitants. Pourtant, il ne se met pas en avant dans les médias, se tient à l'écart des émissions télévisées. Durant quelques mois (entre juin et décembre 1999), il siège au Parlement européen mais décide de démissionner, contrairement à ce qu'il avait promis de faire durant la campagne, pour rester député en Corrèze. En mars 2008, il est élu Président du Conseil général de la Corrèze avec 55 % des voix aux élections cantonales.

Son ascension au sein du Parti socialiste

François Hollande, malgré sa bonhomie, nourrit de grandes ambitions, mais ne les montre pas ouvertement et par conséquent, n'est pas craint par les autres membres du parti qui ne se méfient pas. En 1990, au Congrès de Rennes, il prend la parole pour mettre en cause les conflits au sein du PS. Cette intervention lui vaut ainsi d'entrer au bureau du parti.
En 1993, il perd les élections législatives et commence alors une traversée du désert qui le tient à l'écart de la politique. Deux ans plus tard, le Premier secrétaire, Lionel Jospin lui propose de devenir son porte-parole. A ce poste non plus, il n'inquiète pas : il se contente d'endosser un rôle d'arbitre entre les différents membres du parti. Il ne revendique pas de clan, faisant précisément partie des « Transcourants ». En effet, au lieu de se rallier à un éléphant, il préfère mettre en place ce parti des « Transcourants » qui deviendra « Démocratie 2000 », puis « club Témoin », sous la protection de Jacques Delors - parti qui lui permet de ne pas se faire d'ennemis. En 1997, Lionel Jospin, devenu Premier ministre, le promeut premier secrétaire du parti. Malgré l'échec du candidat socialiste à l'élection présidentielle en 2002 accompagné de son retrait de la vie politique, François Hollande reste aux commandes du parti. En 2005, seul candidat, il est réélu Premier secrétaire au PS avec 80% des suffrages lors du Congrès du Mans en obtenant une synthèse de la majorité des courants. Toutefois, au-delà des apparences, le parti est divisé et les candidats aux primaires en vue de l'élection présidentielle se multiplient. François Hollande est rapidement mis hors-jeu.

L'ambiguïté de la bataille de 2007

Pour l'opinion publique, François Hollande et Ségolène Royal forment un couple modèle, unis par quatre enfants. Alors que François Hollande est secrétaire d'Etat du Parti socialiste, il accepte de céder sa place de candidat à l'élection présidentielle à sa compagne prétextant qu'elle est bien plus populaire que lui dans les médias comme dans l'opinion. Il n'a jamais soigné son image dans les médias parce que cela ne l'a jamais intéressé. Il préfère mener une politique de terrain, loin des caméras. Pendant la campagne, Ségolène Royal fait de nombreuses bourdes, reprises par la presse et se tient à l'écart des éléphants qui refusent de la soutenir. Pour sauver les apparences et surtout la candidate PS, François Hollande décide de lui venir en aide et de défendre son projet qui s'éloigne pourtant de celui composé par le parti. Malgré ses efforts, il ne parvient pas à souder le parti et se montre de plus en plus distant vis-à-vis de l'élection. Au soir du second tour des législatives, marqué par un nouvel échec de la gauche, une dépêche annonce la rupture officielle du couple socialiste.
Depuis, Ségolène Royal et François Hollande mènent une carrière politique en parallèle, elle préparant sa candidature au poste de Premier secrétaire et lui espérant se mettre en bonne position pour se présenter à la présidentielle de 2012.

Un bilan très mitigé à la tête du PS

Contrairement à ses prédécesseurs, François Hollande ne se présente pas comme un chef mais plutôt comme un représentant. Après onze ans à la tête du parti, le bilan est très mitigé : François Hollande ne s'est jamais présenté à la présidentielle, pire, il a laissé un climat de discorde se répandre au sein du parti, par crainte de prendre position et de ne pas satisfaire aux uns et aux autres. Certains lui reprochent par conséquent son manque d'initiative et de décision. Il est le chef mais ne veut pas commander. Quand, lors du référendum à la Constitution européenne, les Socialistes défendent le « oui », sauf Laurent Fabius, celui-ci n'est guère sanctionné : François Hollande craint d'être désapprouvé par les nonistes. Il ne parvient pas davantage à apaiser les conflits, à faire un parti uni. Bien au contraire : certains socialistes changent de bord, rejoignant Nicolas Sarkozy. En 2008, il décide de ne pas briguer une nouvelle fois le poste.
Ses camarades ne sont pas tendres avec lui : Manuel Valls estime que François Hollande n'a pas travaillé pendant ces onze années, laissant pourrir le parti sous prétexte qu'il n'a pas voulu être en désaccord avec certains membres du parti. Toutefois, à son actif, il pourra tout de même se targuer d'avoir dirigé un parti majoritaire dans les régions et d'avoir maintenu son unité, envers et contre tout.

*** Liens

- Congrès du Parti Socialiste : le choix de la ville de Reims
- François Hollande, l'arbitre discret du congrès du PS
- Au Parti Socialiste, des alliances se dessinent après l'université d'été

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