Le quinquennat fête son premier septennat

Thematiques · 24 sep. 2007 à 22:14

Le quinquennat

Le 24 septembre 2000, les Français approuvaient par référendum la réforme du Quinquennat. D'une durée de sept ans, le mandat présidentiel est passé à une durée de cinq ans. A chaque élection présidentielle, la réforme du quinquennat était évoquée. Mais elle s'était heurtée à chaque fois à des réticences à gauche comme à droite. Pourtant, en 2000, le débat surgit à nouveau et est tranché en quelques mois. Comment Valéry Giscard d'Estaing a-t-il réussi à imposer le quinquennat à Jacques Chirac, qui s'était pourtant prononcé contre cette réforme quelques mois plus tôt ? Quelles sont les conséquences politiques du passage du septennat au quinquennat ? Retour sur une réforme approuvée par les Français il y a maintenant... 7 ans.

Référendum du 24 septembre 2000 : le oui l'emporte à 73%

Après une campagne peu suivie par les électeurs, le quinquennat est approuvé par 73% des Français le 24 septembre 2000. En réalité, depuis 1958, l'abstention n'a jamais été aussi forte : seulement 30% des électeurs se sont déplacés aux urnes. Ce chiffre s'explique par l'absence d'enjeu. Quasiment toute la classe politique s'est prononcée en faveur du quinquennat, symbole de la modernisation de la vie politique.

Objectif : éviter le risque de cohabitation

Au lendemain de la défaite de la droite aux élections législatives de 1997, de nombreux constitutionnalistes et hommes politiques ont remis en scène la réforme du quinquennat, promise de puis des décennies. A cette époque, la France s'apprête à vivre cinq années de cohabitation avec un président de la République de droite et un Premier ministre de gauche. Avec trois cohabitations en moins de dix ans, ce qui était prévu comme une exception est en train de devenir la règle.
Plusieurs responsables évoquent donc le quinquennat pour limiter les possibilités de cohabitation : en faisant coïncider l'élection présidentielle et les élections législatives la même année, les défenseurs du quinquennat espèrent limiter les risques de cohabitation en gageant que les électeurs feront à chaque fois le choix de la cohérence à quelques mois d'intervalle.

Le refus "catégorique" de Jacques Chirac en 1999

Entre 1997 et 1999, de nombreuses personnalités politiques prennent position pour le quinquennat. Mais Jacques Chirac s'y refuse. En 1999, lors de la traditionnelle interview télévisée du 14 juillet, le président de la République s'était voulu catégorique : "Le quinquennat serait une erreur, et donc je ne l'approuverai". En réalité, Jacques Chirac a les yeux rivés sur le calendrier : président depuis 4 ans, il ne peut approuver le quinquennat sous peine de devoir ensuite se l'appliquer immédiatement. Or, Jacques Chirac veut aller au terme de son mandat de sept ans.

Une réforme poussée par Valéry Giscard d'Estaing

L'ancien président de la République, Valéry Giscard d'Estaing, a parfaitement compris le calendrier de Jacques Chirac. Il décide donc de relancer l'offensive sur le quinquennat en mai 2000. Selon lui, les principaux responsables politiques et l'opinion sont favorables à une réforme qui ne s'appliquerait qu'en 2002, Jacques Chirac terminant son septennat. Deux ans avant la prochaine élection présidentielle, le calendrier paraît alors dégager.
L'ancien président de la République ne s'est contentée pas de relancer l'idée, il a proposé une stratégie pour contourner les réticences de Jacques Chirac : Valéry Giscard d'Estaing souhaite que ce soit le parlement qui élabore le texte de loi. Par cette procédure, le président de la République serait alors contraint d'organiser un référendum pour entériner le quinquennat.
Jacques Chirac sait dès lors qu'il ne pourra pas s'opposer à la réforme. Comme son premier ministre de l'époque, Lionel Jospin, avait fait du quinquennat une promesse de campagne en 1995, et devant l'unanimité de la classe politique, Jacques Chirac ne peut que soutenir la réforme du quinquennat, présentée comme une avancée dans la modernisation de la vie politique.

Les conséquences politiques du quinquennat

Au moment du référendum, peu de responsables politiques ont évoqué les conséquences de la réduction du mandat présidentiel. En réalité, le passage du septennat au quinquennat change la nature du régime. Avec une élection présidentielle qui a lieu deux mois avant les élections législatives, on assiste à une présidentialisation du régime. Les élections législatives ne font qu'entériner l'élection du président de la République. En 2002 et 2007, les campagnes présidentielles ont éclipsé les campagnes pour les législatives. A chaque fois, le camp vainqueur à la présidentielle part avec une avance insurmontable pour le camp vaincu, au nom de la cohérence.
Néanmoins, la réforme du quinquennat ne ferme pas complètement la porte à un risque de cohabitation. Le président de la République a toujours le droit de dissoudre l'Assemblée nationale et d'organiser des élections législatives anticipées. Dans ce cas de figure, si les élections présidentielles et législatives ne coïncident plus, le risque de cohabitation deviendrait de nouveau possible.

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