Ségolène Royal change de stratégie et joue à quitte ou double son avenir au PS

Enquete · 16 sep. 2008 à 19:26

Ségolène Royal sur TF1

Hier soir, au 20 heures de TF1, Ségolène Royal a surpris tout le monde en indiquant qu'elle ne faisait plus de sa candidature au poste de Premier secrétaire du PS un préalable à l'ouverture de discussions avec d'autres courants du PS. En clair, elle serait prête à renoncer à remplacer François Hollande tout en faisant partie de la nouvelle majorité du parti. Renoncement ou coup de bluff ? A la veille du rapprochement officiel entre Bertrand Delanoë et François Hollande, Ségolène Royal joue à quitte ou double son avenir au PS.

Revue de presse du mardi 16 septembre 2008

- Le Monde : La nouvelle stratégie de Ségolène Royal rebat les cartes au PS
- Rue89 : Ségolène Royal recule pour mieux sauter sur le PS
- Libération : La déclaration de Royal «va dans le bon sens» pour Jean-Marc Ayrault

Ségolène Royal change de stratégie pour sortir de son isolement

L'année dernière, l'ex-candidate à la présidentielle était convaincue d'avoir définitivement distancé ses rivaux au PS. Malgré sa défaite face à Nicolas Sarkozy, elle avait réuni près de 17 millions de voix sur son nom et pensait bénéficier de sa stature de candidate pour prendre la tête du PS. Mais le refus de François Hollande d'accélérer le calendrier interne et sa volonté de maintenir la date du congrès à l'automne 2008 ont desservi Ségolène Royal. Depuis un an, ses concurrents au PS se sont organisés pour lui barrer la route. Les résultats des municipales 2008 ont permis à Bertrand Delanoë de revoir ses ambitions à la hausse, à Martine Aubry de revenir dans le jeu interne. Aujourd'hui, Ségolène Royal doit donc affronter ces deux candidats ainsi que Pierre Moscovici. Et pour l'instant, la présidente de la région Poitou-Charentes est complètement isolée et ne parvient pas à construire une alliance avec l'un ou l'autre de ces courants.

Objectif : rendre possible des alliances aujourd'hui bloquées

En annonçant sur TF1 que sa candidature au poste de Premier secrétaire n'était plus un préalable à toute discussion, Ségolène Royal change de stratégie. Pour l'emporter en novembre prochain, il faudra construire une alliance. Or, au PS, de nombreux responsables socialistes et militants s'inquiètent de voir une présidentialisation du parti. Elire aujourd'hui Ségolène Royal à la tête du PS serait courir le risque d'une lutte interne sans fin entre elle et les autres présidentiables. Pour certains, la bonne solution serait donc de désigner un Premier secrétaire de transition, qui ferait tout le travail de rénovation idéologique du parti et laisserait les présidentiables s'affronter lors de primaires en 2010. Pour ne pas hypothéquer cette hypothèse, Ségolène Royal a donc choisi d'envisager le retrait de sa candidature au poste de Premier secrétaire si elle parvenait à construire une majorité. Dans cette optique, un responsable socialiste, proche de Ségolène Royal, pourrait alors devenir Premier secrétaire : Vincent Peillon ou François Rebsamen.

Delanoë, Aubry, Royal, Moscovici : estimations et perspectives d'alliances

L'annonce de Ségolène Royal résulte de la simulation du rapport de force entre les différents candidats : à ce jour, aucun des quatre candidats (Bertrand Delanoë, Martine Aubry, Pierre Moscovici, Ségolène Royal) ne peut prétendre réunir une majorité de voix au prochain congrès. Plusieurs experts du parti estiment qu'ils valent chacun entre 20% et 25% des voix. Des alliances s'avèrent donc indispensables.
Parmi ces candidats, Bertrand Delanoë fait figure de favori. Soutenu par les jospinistes et les rocardiens, il s'apprête à recevoir le soutien officiel de François Hollande. Dans ce cas de figure, il pourrait sortir en tête des motions et négocier ainsi en position de force avec un autre courant. Même si le dialogue est rompu entre Martine Aubry et Bertrand Delanoë, ils pourraient s'allier pour construire une majorité qui exclurait Ségolène Royal.

Et si Ségolène Royal tentait un coup de bluff...

Faute d'alliances, l'ex-candidate à la présidentielle ne peut espérer devenir Premier secrétaire du parti. En annonçant qu'elle pourrait renoncer à ce poste, Ségolène Royal tente un coup de bluff. Soit elle parvient à débloquer les alliances et à discuter avec Pierre Moscovici et les grands élus locaux pour bâtir une majorité et devenir Premier secrétaire dans un deuxième temps, soit elle parvient à dissuader Bertrand Delanoë de se présenter en privilégiant la nomination d'un Premier secrétaire de transition. Dans ce cas de figure, le maire de Paris et la présidente de la région Poitou-Charentes se neutraliseraient et attendraient les primaires 2010 pour la grande explication des présidentiables. Quoi qu'il en soit, l'annonce surprise de Ségolène Royal au 20 heures de TF1 inquiète ses adversaires : c'est à la fois un aveu de faiblesse et une tentative de coup de force. Si elle réussit son pari, elle pourrait arriver en tête des motions et imposer un proche au PS, voire se présenter elle-même puisqu'elle n'y a pas officiellement renoncé. Mais si elle échoue et que les socialistes l'écartent de la prochaine majorité malgré le geste d'ouverture qu'elle vient d'effectuer, elle pourrait décider de contourner le parti en 2012 et se présenter quoi qu'il arrive à la prochaine présidentielle.

En difficulté dans les sondages face à Bertrand Delanoë, Ségolène Royal joue donc à quitte ou double son avenir au PS.

*** Liens

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- Au Parti Socialiste, quelles alliances se dessinent après l'université d'été ?
- Désirs d'avenir, l'outil de conquête de Ségolène Royal
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