Les ministères : des anciens hôtels de la noblesse d'Ancien Régime

Brèves · 29 jan. 2008 à 23:55

Palais de la République

On l'oublie souvent mais la plupart des sièges des ministères sont d'anciennes résidences des Grands du Royaume. Dans un ouvrage intitulé "Abus de pouvoir", le journaliste Vincent Quivy nous fait découvrir les coulisses des luxueux palais de l'ancien régime devenus depuis les "palais de la République" en dénonçant le fait que "la République soit rentrée dans les meubles sans se formaliser d'un luxe d'un autre temps". Mais concrètement que trouve-t-on dans les principaux ministères ?


Politique.net propose une série sur l'argent du pouvoir en 30 épisodes : Quel est le coût des déplacements présidentiels ? Comment un élu de 6000 habitants peut-il cumuler 7000 euros de revenus ? Comment 160 000 pièces du mobilier national ont-elles pu disparaître des ministères ? A chaque fois, les sources sont publiées en bas de page et les estimations recoupées à partir de plusieurs enquêtes pour essayer de s'approcher au plus près de la réalité.

Episode 7 : Les décors luxueux des ministères

Argent du pouvoir

Adresse des ministères : la rue plutôt que le nom du bâtiment

Hormis le ministère de l'Economie, des Finances et du budget situé dans le bâtiment moderne de Bercy, tous les sièges des ministères sont situés dans des anciens hôtels de la noblesse d'Ancien Régime. Si le Premier ministre habite bien à l'hôtel Matignon, la plupart des ministères ont pris le nom de la rue où il se trouve comme pour mieux signifier que le pouvoir est proche de la rue et non du luxe de l'Ancien Régime. Ainsi, on ne parle pas de l'hôtel de Seignelay, de l'hôtel de Beauvau, de l'hôtel de Rochechouart, mais plutôt de la "place Beauvau" pour désigner le ministère de l'Intérieur, de la "place Vendôme" pour désigner le ministère de la Justice plutôt que l'hôtel de Bourvallais, nom historique du bâtiment. Ce tabou de l'appellation du ministère n'est qu'une façade, car à l'intérieur, tout le luxe d'antan est quasiment resté intact.

Ministère de la Justice : le décor royal de la place Vendôme

Les rares visiteurs qui peuvent pénétrer dans l'enceinte du ministère de la justice sont très souvent surpris du faste des lieux : tapisseries de la manufacture des Gobelins (estimées à environ 300 000 euros la pièce), commodes Boulle du nom d'un grand ébéniste du XVIIIe siècle (estimées à environ 120 000 euros la pièce), vases et porcelaines de Sèvres (dont la valeur peut aller jusqu'à 300 000 euros la pièce). A l'origine, ce décor fastueux devait rappeler la puissance du pouvoir. Aujourd'hui, si ces décorations apparaissent totalement anachroniques dans une démocratie représentative du peuple, elles font pourtant partie du cadre de travail des ministres. Aucun des gouvernements de droite comme de gauche n'a osé remettre en cause le luxe indécent de ce que l'on appelle pudiquement "les palais de la République".

Ministère de la fonction publique : le patrimoine de l'hôtel de Castries

Dans l'imagerie populaire, le ministère de la Fonction publique devrait ressembler aux bâtiments administratifs des services de l'Etat : préfecture, sécurité sociale, caisse d'allocation familiale. En réalité, le siège du ministère de la fonction publique est situé dans l'ancienne résidence du marquis de Castries. Vincent Quivy a pu se procurer un fascicule émanant des services de la Direction générale de l'administration recensant les différentes oeuvres d'art présentes dans ce lieu : "un buste de Marie-Antoinette en biscuit de Sèvres, un tapisserie en laine exécutée à la Manufacture des Gobelins, une suite de sièges d'époque Régence, en bois naturel ciré et garnis de tapisserie d'Aubusson, des peintures représentant le cardinal Mazarin et la duchesse de Longueville". Et la liste est encore longue.

Dorures, oeuvres d'art, meuble ancien composent donc le cadre quotidien des ministres de la République. Difficile dans ses conditions de demander à un ministre de rester au contact de la réalité lorsque son quotidien s'apparente à la vie de la cour d'Ancien Régime. Les décors de ces ministères ne constituent pas à proprement de "dépenses". Toutefois, dans le cadre de cette série sur l'argent du pouvoir, on peut s'étonner de la concentration de richesse des sièges des ministères. Vendre la totalité de ces objets décoratifs reviendrait à dilapider un patrimoine historique. Mais conserver des milliers de vases et de meubles de collection en plusieurs exemplaires dans les ministères, est-ce bien nécessaire ?



*** Sources
- Vincent Quivy, Abus de pouvoir, Editions du moment, 2007
- Frédéric Vielcanet, "L'hôtel de Castries, monographie historique", DGAFP, 2006

*** Liens

Histoire
- Qui sont les 23 présidents de la République française depuis 1848 ?
- Comment le président de la République choisit-il le nom des ministères ?
- Qu'est-ce que la Cour des comptes ?

Série "L'argent du pouvoir"
1. Le tabou de l'argent du pouvoir
2. Argent de l'Elysée : Emmanuelle Mignon part à la chasse aux gaspillages
3. Salaire et avantages en nature : que paye vraiment le président de la République ?
4. Le coût de la communication du président : 150 000 euros le site internet, et le reste ?
5. Les voyages de Nicolas Sarkozy : entre 3 et 4 avions par déplacement
6. Compagnie aérienne de la République : 8 appareils et 4500 euros l'heure de vol
7. Les ministères : des anciens hôtels de la noblesse d'Ancien Régime

_____________________________________________________
Quiz : Qui a refusé de devenir ministre de la justice dans le gouvernement Fillon en mai 2007 ?

Commentaires