Comment la presse a raconté les coulisses de l'éviction de Rachida Dati

Enquete · 29 jan. 2009 à 14:43

Rachida Dati, élections européennes

Rachida Dati est candidate aux élections européennes de juin 2009, numéro deux de la liste UMP d'Ile de France, derrière Michel Barnier. Pour celle qui était en 2007 une intime du cercle de Nicolas Sarkozy, cette sortie du gouvernement Fillon apparaît comme une sanction. La presse qui a raconté en détail les coulisses de l'éviction de Rachida Dati ne dit pas autre chose, mais chacun le fait à sa manière. Le Monde a fait le récit de la déchéance d'une "icône", Rue89 a recensé tous les petits détails qui ont agacé l'Elysée ces derniers mois. Quant au Canard Enchaîné, fidèle au principe des "propos rapportés par un proche conseiller de l'Elysée", il publie des extraits de l'entretien tendu entre Rachida Dati et Nicolas Sarkozy lorsque le président de la République lui a signifié son prochain départ de gouvernement. Trois récits, trois styles différents.

Revue de presse du jeudi 29 janvier 2009

- Le Monde : Rachida Dati, l'icône déchue
- Rue89 : Dati débarquée, Sarkozy a réussi la com de sa déchéance
- Le Canard Enchaîné : Le chantage de Sarko à Rachida, Garde d'enfant, l'huître et la perle (brèves)

Le Monde a raconté le coup de bluff de la ministre début janvier

Dans un article intitulé "Rachida Dati, l'icône déchue", Le Monde a publié en page 3 le récit de l'éviction de la ministre de la justice. Le début de la disgrâce date de 2008. Rachida Dati a dû s'effacer après le mariage de Nicolas Sarkozy avec Carla Bruni. A partir de là, les liens vont se distendre au fil des mois. Le récit du Monde est plutôt neutre, les seuls propos rapportés dans l'article dénotent une certaine bienveillance de la part de Nicolas Sarkozy à l'égard de son ancienne protégée : "C'est important pour le mouvement [l'UMP], c'est important pour toi" aurait déclaré le président de la République au sujet des élections européennes. A la fin de l'article, on comprend tout de même que Rachida Dati a tout fait pour rester en place, quitte à tenter un coup de bluff lorsqu'elle a déclaré à la presse, début janvier : "J'ai encore reçu récemment l'assurance du président de la République que je continuerai en 2009 à mener mon action de garde des sceaux". En réalité, comme le raconte Le Monde, lorsque Rachida Dati a raconté à François Fillon qu'elle avait le soutien du président, le Premier ministre est allé chercher confirmation auprès de l'Elysée. Mais le Premier ministre ne l'a pas obtenu, et pour cause, Nicolas Sarkozy avait déjà décidé de se séparer de sa ministre. Pour éviter que la sanction ne soit perçue comme trop dure, son départ a été programmé pour les Européennes et non pour le remaniement du mois de janvier.

Rue89 a recensé toutes les frasques qui ont agacé l'Elysée

Rue89 a la même analyse que le journal Le Monde et démontre bien que la mise à l'écart de Rachida Dati est davantage liée à sa personnalité, à son impopularité au sein du monde judiciaire qu'à son travail, puisqu'elle a appliqué à la lettre toutes les réformes promises par Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle de 2007. Pour étayer cette thèse, le site d'information énumère tous les "petits détails pathétiques" qui ont particulièrement agacé Nicolas Sarkozy : "un petit-déjeuner avec Albert de Monaco préféré à une rencontre avec des syndicats de surveillants de prison, l'irritation du quai d'Orsay face à ses exigences de traitement lors de ses déplacements à l'étranger, l'exaspération de son entourage quand elle cherche à récupérer la première les coordonnées d'Obama pour lui envoyer un message de félicitation le 4 novembre".
Le problème de Rachida Dati était donc bien une question d'image : trop cassante avec ses collaborateurs, trop intransigeante et pas assez à l'écoute du monde judiciaire, trop "bling-bling" avec ses tailleurs DIOR en Une des pages people alors que le président de la République s'est astreint à un peu plus de sobriété pour remonter dans les sondages.

La version "trash" du Canard Enchaîné : les propos rapportés

Fidèle à sa réputation, le Canard Enchaîné livre une version moins édulcorée de la chute de Rachida Dati en publiant des extraits de l'entretien qu'a eu la ministre avec le président de la République, le 22 janvier 2009 à l'Elysée. Une version racontée par Nicolas Sarkozy à ses collaborateurs, précise le Canard Enchaîné :
- N.S : "Fais-moi confiance ! Jusqu'ici, je t'ai bien traitée. Fais ce que je te dis et, dans un an, tu reviens au gouvernement par la grande porte".
- R.D : "Si j'ai bien compris, je n'ai pas le choix", répond la garde des Sceaux, les larmes aux yeux.
- N.S : "En effet, si tu veux rester mon amie, tu n'as pas le choix. Ne fais pas comme Rama ! Ou tu pars sans rien, ou tu pars pour devenir député européen".
(...)
- R.D : "Et ma fille ? Si je deviens députée européenne, je serai absente de Paris quatre jours par semaine. Ca va me poser un gros problème de garde."
- N.S : "Tu te trompes : c'est quatre jours par mois à Strasbourg et deux par mois à Bruxelles [hors commission et autres obligations]. Et dans les deux endroits, il y a des crèches parce que 40% des députés européens sont des femmes"
.

Et le Canard Enchaîné de finir sur le sujet en rapportant des propos tenus la veille, par Nicolas Sarkozy, en petit comité : "De toute façon, Rachida aurait été incapable de faire campagne comme tête de liste : elle ne connaît rien à l'Europe. Et ce n'est pas avec Barnier, qui a le charisme d'une huître, qu'on va faire bander les gens. Rachida peut être utile pour ça". Version trash.



Les récits de Rue89 et du Monde sont donc sensiblement identiques même si le site d'information est un peu plus dur avec la ministre alors que le Monde garde ses distances. La version du Canard Enchaîné est, comme à son habitude, beaucoup plus trash. Les propos rapportés et publiés par le Canard sont toujours plus assassins (voir notre article sur les méthodes de l'hebdomadaire). Mais ces trois récits confirment que la ministre a été écartée en raison de sa personnalité et de son image dégradée auprès de l'opinion. Une version que la ministre ne peut bien évidemment pas admettre, les élections européennes étant officiellement pour elle une priorité et son départ du gouvernement une évidence : "C'est normal, ça me paraît évident (...) le parcours d'un homme ou d'une femme politique, ce n'est pas d'être propriétaire d'un mandat ou d'un poste" avait-elle déclaré sur Europe 1.

*** Liens

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