Couacs gouvernementaux : les conséquences du tabou de la rigueur

Enquete · 18 avr. 2008 à 19:31

Sarkozy et Fillon

Depuis plus d'une semaine, chaque jour qui passe donne lieu à un nouveau couac gouvernemental. Un sentiment de flottement est perceptible au sein du couple exécutif. Le président de la République et le Premier ministre ne semblent plus sur la même longueur d'onde. Les ministres multiplient les sorties médiatiques, avancent des propositions, avant d'être désavoués quelques heures plus tard par l'Elysée ou le Premier ministre. Tous ces ratés ne sont pas simplement des problèmes de communication. Ils résultent d'un tabou que l'Elysée se refuse de lever : la politique de rigueur. Il faut l'appliquer mais ne pas l'annoncer.

Revue de presse du vendredi 18 avril 2008

- Le Monde : Sarkozy et Fillon se renvoient la responsabilité des couacs gouvernementaux
- Libération : Allocations familiales : le gouvernement tente de rattraper les couacs
- L'Express : Les députés de droite se rebiffent

Déficits publics : l'équation impossible

Depuis près de 30 ans, la France présente un budget annuel en déficit. En 2007, l'Etat a dépensé 40 milliards d'euros à crédit. Chaque année, l'Etat peut assurer ses dépenses de janvier à octobre. Mais les mois de novembre et décembre sont financés par des emprunts. La dette publique dépasse les 1000 milliards d'euros et le seul remboursement des intérêts de la dette constitue le deuxième budget de l'Etat après l'Education nationale. Le niveau d'imposition en France étant supérieur à la moyenne européenne, la seule stratégie de réduction des déficits publics est de diminuer les dépenses. C'est nécessaire pour éviter de reporter la dette sur les générations futures, c'est obligatoire pour respecter le pacte de stabilité européen.

Politique de rigueur : la stratégie de la dissimulation

La politique de rigueur étant très impopulaire, Nicolas Sarkozy a refusé de l'annoncer officiellement même si tous les économistes considèrent qu'elle est indispensable. A force d'avoir répété pendant la campagne présidentielle qu'il serait le "président du pouvoir d'achat", Nicolas Sarkozy se retrouve coincé par ses promesses de campagne et se refuse officiellement à mener une politique de rigueur. En réalité, cette politique a bien lieu : si les impôts n'ont pas augmenté, la réduction des dépenses est devenue l'obsession du gouvernement. Pour éviter la contestation, le gouvernement applique la stratégie de dissimulation : les réformes sont votées en catimini, les mesures les plus impopulaires sont dissimulées dans des textes obscurs, très techniques. C'était le cas de la suppression de la carte Famille nombreuse, c'est encore le cas avec la réduction du montant des allocations familiales.

Sarkozy/Fillon : les ratés d'un tandem qui s'éloigne

Depuis que François Fillon dépasse Nicolas Sarkozy dans les sondages, rien ne va plus entre l'Elysée et Matignon. Si la situation n'en est pas encore à la rupture, les multiples couacs gouvernementaux reflètent les difficultés de coordination entre le président et son Premier ministre. Et la liste des ratés s'allonge à un rythme soutenu : polémiques sur les OGM, sur la suppression de la carte "Famille nombreuse", sur la réduction des allocations familiales, le non-remboursement des lunettes par la Sécurité sociale.
Sur les OGM, c'est Nicolas Sarkozy en personne qui a réuni tous les protagonistes du dossier afin de trancher. Idem sur la question de la suppression de la carte "Famille nombreuse". L'Elysée reproche à Matignon son laxisme et s'agace de devoir monter au créneau pour corriger des amendements. Ce travail quotidien relève normalement du Premier ministre. A Matignon, on s'agace aussi des décisions prises par Nicolas Sarkozy à la dernière minute, sans prévenir les ministres concernés. C'était le cas par exemple lors de l'annonce de la suppression de la publicité sur les chaînes publiques. La ministre de la culture l'a appris quelques minutes avant la conférence de presse.
Toutefois, cette "mésentente" cordiale entre l'Elysée et Matignon ne devrait pas aller plus loin, les deux hommes savent qu'ils doivent travailler jusqu'en 2009, avant un grand remaniement et le changement du Premier ministre pour la deuxième partie du quinquennat.


Résumer le flottement qui règne au sommet de l'Etat ces derniers jours en terme de "couacs" ou d'erreurs de communication est trop réducteur. En réalité, ces difficultés sont liées à la volonté du gouvernement de dissimuler la politique de rigueur. Mercredi, Thierry Saussez, spécialiste de la communication politique, a été nommé délégué interministériel à la communication. A lui de mieux coordonner les annonces du gouvernement et d'améliorer la stratégie de dissimulation de la rigueur.

*** Liens

- Couacs gouvernementaux : les conséquences du tabou de la rigueur
- La polémique sur le non-remboursement des lunettes par la Sécu
- Allocations familiales : le gouvernement veut faire de nouvelles économies
- Carte "Famille nombreuse" : le gouvernement avait tenté de cacher la mesure
- Polémique sur les OGM : la secrétaire d'Etat lâchée par les siens
- Couac sur la Chine : Nicolas Sarkozy a-t-il posé des conditions à Pékin ?
- Rigueur budgétaire : le gouvernement n'alimente plus un Fonds d'insertion pour handicapés

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Quiz : Quelle est la différence entre la dette publique et le déficit budgétaire ?

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