PS : le retour politique de Laurent Fabius

Enquete · 1er oct. 2007 à 07:17

Le retour politique de Laurent Fabius

Ce week-end, Laurent Fabius faisait sa rentrée politique. Au moment où Dominique Strauss-Kahn part cinq ans au FMI et que Ségolène Royal doit répondre aux attaques incessantes de ses propres amis, Laurent Fabius est le seul des trois prétendants de la primaire socialiste de l'an dernier à être sorti indemne de la présidentielle. Discret pendant la campagne, il s'est montré encore plus prudent après : contrairement à Lionel Jospin, il n'a pas voulu participer au lynchage de l'ex-candidate socialiste afin de préserver une posture de "sage" au PS. Mais à rester trop discret, Laurent Fabius a pu alimenter l'idée d'un retrait progressif de la politique active. Il n'en est rien et le député du Nord a profité de la réunion de son courant pour rappeler ses ambitions.

Revue de presse du lundi 01 octobre 2007

La presse revient aujourd'hui sur le retour politique de Laurent Fabius. Libération titre ainsi : "Après interruption, Fabius remet le courant". "Fabius revient en responsable engagé" ajoute Le Figaro. "Laurent Fabius ne veut pas de querelles fratricides au sein du PS" note Le Monde.

Le recul après la campagne

Pendant la campagne et l'après-campagne, Laurent Fabius est resté très discret. Certes, il n'a pas pu s'empêcher de lancer quelques piques à l'égard de Ségolène Royal mais elles n'étaient en rien comparables avec les virulentes attaques que subit l'ex-candidate socialiste depuis septembre. Entre Claude Allègre et Marie-Noëlle Lienemann, en passant par Lionel Jospin, Ségolène Royal est attaquée de toutes parts, par livres ou médias interposés. Laurent Fabius a souhaité se maintenir à l'écart de ces querelles pour adopter la position du "vieux sage", ou plutôt d'un "actif sage" a-t-il corrigé ce week-end dans son discours face aux représentants de son courant socialiste.
Cette relative discrétion d'après-campagne s'explique aussi par les doutes de Laurent Fabius. Après son échec à la primaire socialiste et son retard sur Ségolène Royal pour la prise du PS, le député du Nord s'est interrogé sur son avenir politique pendant l'été. Il ne s'est pas rendu aux journées d'été du PS et a délaissé son courant pendant quelques semaines. Finalement, même si sa stratégie de conquête n'est pas encore arrêtée, Laurent Fabius compte bien retrouver sa place au Parti Socialiste pour tenter de se présenter à la présidentielle de 2012.

Participer à la réunion des courants

La première étape de ce retour politique passait donc pas la réunion de son courant. Les "fabiusiens" au Parti Socialiste constituent l'aile gauche du PS depuis leur prise de position contre la constitution européenne en 2005. Alors que Laurent Fabius incarnait la gauche plutôt libérale lorsqu'il était ministre de l'économie dans le gouvernement Jospin, il a opéré un virage stratégique depuis deux ans afin de se différencier de Dominique Strauss-Kahn et de Ségolène Royal.
Mais au lendemain de la nouvelle défaite du PS à une élection présidentielle, Laurent Fabius veut tenter un rapprochement de tous les courants. Ainsi, étaient présents à sa réunion de Sciences-Po Paris : le dirigeant du NPS, Benoît Hamon, l'adjointe de Bertrand Delanoë Anne Hidalgo, le lieutenant de DSK, Jean-Christophe Cambadélis, et même l'ex-porte-parole de Ségolène Royal, Arnaud Montebourg.
Selon Laurent Fabius, la rénovation du parti passe par la fin des divisions artificielles du Parti Socialiste. Les amis politiques de Laurent Fabius, à commencer par Claude Bartolone, sont formels : contrairement à la période 2002-2006, ils ne vont pas faire vivre leur courant mais plutôt tenter de rassembler le plus largement possible.

Le dernier des Eléphants à la conquête du PS

Dans sa stratégie de reconquête, Laurent Fabius veut incarner l'aile traditionnelle du PS. Ségolène Royal est fortement contestée au Parti Socialiste, de nombreux responsables jugeant ses prises de position trop à droites. Jospin et Hollande étant hors-jeu, Laurent Fabius est donc le dernier des éléphants à pouvoir faire barrage à l'ex-candidate socialiste pour la prise du PS, depuis la nomination de Dominique Strauss-Kahn à la direction du FMI.
Rejetant le virage social-démocrate, Laurent Fabius reste attaché au Parti Socialiste d'Epinay de 1971 qui privilégie l'alliance avec toutes les forces de gauche : PS, Verts, Parti Communiste. Même si le chemin reste long jusqu'à la présidentielle de 2012, Laurent Fabius souhaite incarner le pole de stabilité de la majorité issue du prochain congrès du Parti Socialiste. Si Bertrand Delanoë n'est pas en situation de se présenter à la tête du PS, le congrès pour désigner le prochain secrétaire général du parti pourrait se résumer à un duel entre Ségolène Royal et Laurent Fabius, entre la gauche traditionnelle et la nouvelle social-démocratie. Un nouvel échec de Laurent Fabius pourrait alors mettre un terme à ses ambitions nationales.

*** Liens

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