Retraites : l'Etat se prépare à renflouer ses caisses sans le dire

Thematiques · 25 juil. 2008 à 23:50

Réforme des retraites

Dans une tribune publiée dans le journal Le Monde en date du 23 juillet, Christine Lagarde et Xavier Bertrand annoncent toute une série de mesures pour améliorer l'emploi des séniors. L'un des problèmes de l'augmentation de la durée de cotisation est le faible taux d'emploi des séniors (38%). Plus de la moitié des personnes de plus de 55 ans ne travaillent pas, ce qui signifie que peu de salariés cotisent suffisamment pour avoir une pension de retraite à taux plein. Conséquence : l'augmentation de la durée de cotisation (de 40 à 41 ans) est fictive. Comme de nombreux salariés ne peuvent cotiser jusqu'au bout, le montant de leurs pensions va baisser automatiquement. Le gouvernement va donc inciter les entreprises à garder les 55-64 ans, et il va aussi inciter les salariés qui ont cotisé suffisamment à cotiser davantage en leur accordant une augmentation de 5% par année de cotisation supplémentaire.


En clair, vous travaillez une année de plus, vous avez une augmentation de 5% de votre retraite. Sauf qu'un rapide calcul montre qu'un ver se cache dans le fruit. Car en travaillant une année de plus, vous augmentez automatiquement votre pension de 8% et pas de 5%. Mais alors où sont passés les 3% ? Explication d'un problème mathématique assez simple.

Retraites : une année de cotisation en plus, 5% d'augmentation selon Lagarde

Dans une tribune publiée dans le journal Le Monde, Christine Lagarde et Xavier Bertrand, respectivement ministre de l'Economie et ministre du travail, font plusieurs propositions pour améliorer le taux d'emploi des séniors (les + de 55 ans). Parmi les nombreuses propositions, il y a celle-ci : pour encourager le salarié à travailler davantage, le gouvernement propose "la mise en place d'une surcote incitative, en donnant 5 % de pension de retraite de plus par année de plus cotisée. Concrètement, si vous avez par exemple aujourd'hui 60 ans, que vous avez déjà cotisé 40 ans, et que vous acceptez de travailler une année de plus, votre pension sera augmentée de 5 % jusqu'à la fin de vos jours". En clair, vous travaillez une année de plus, vous avez 5% d'augmentation sur votre retraite.

Mais une année de cotisation en plus, c'est plutôt 8% d'augmentation, non ?

Mais un lecteur attentif du site d'information, Mediapart, s'est aperçu de la supercherie et a effectué un petit calcul très simple. Imaginons...
- 1er cas de figure : un salarié économise chaque année 1 euro pour sa retraite. Il cotise 40 ans. Il a donc mis de côté 40 euros. Si ce salarié profite de 20 années de retraite (il commence à travailler à 23 ans, cotise jusqu'à 63 ans et meurt à 83 ans), combien aura-t-il mis de côté pour sa pension de retraite ? Réponse : 40 euros / 20 années de retraite = 2 euros de pension par an.
- 2ème cas de figure : un salarié économise chaque année 1 euro pour sa retraite. Mais il décide de travailler une année de plus (comme le préconise Christine Lagarde), il a donc cotisé 41 ans. Le salarié ne profite plus alors que de 19 années de retraite (il commence à travailler à 23 ans, cotise jusqu'à 64 ans et meurt toujours à 83 ans), combien aura-t-il mis de côté pour sa pension de retraite ? Réponse : 41 euros / 19 années de retraite = 2,16 euros de pension par an.

Par conséquent, comme l'indique Christine Lagarde, un salarié qui cotise plus verra bien sa pension augmenter. Mais de combien est l'augmentation en pourcentage ? Et bien, quand sa pension passe de 2 euros à 2,16 euros, le salarié aura augmenté sa pension de... 8%.

Quand l'Etat se garde 3% sans le dire

Il y a donc un petit problème dans le calcul de Christine Lagarde. Si un salarié travaillant une année de plus cotise davantage et augmente automatiquement sa pension de 8%, pourquoi Christine Lagarde a-t-elle annoncé que l'Etat allait accorder une surcote de 5% ? Il y a deux solutions :
1. Soit Christine Lagarde pense que l'espérance de vie va exploser : pour obtenir 5% d'augmentation, il faudrait que le salarié moyen vive jusqu'à... 100 ans. Chiffre qui défie les courbes de n'importe quel démographe un minimum censé.
2. Soit Christine Lagarde espère faire cotiser le salarié davantage pour renflouer les caisses de l'Etat. Car si le salarié qui travaille une année de plus, augmente sa pension de 8% et que l'Etat, généreux, veut bien lui lâcher 5% d'augmentation, où sont passés les 3% ? Réponse : dans les caisses de l'Etat.




Le problème des retraites est connu : pas assez d'actifs pour financer les pensions des retraités. Quelle que soit la solution choisie, le salarié devra faire un effort, soit cotiser plus, soit travailler plus. Mais faire croire que l'Etat veut inciter les salariés à cotiser davantage en étant généreux alors que la mesure cachée a pour but de faire des économies, c'est un procédé qui frise la malhonnêteté intellectuelle.

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Politique : Dossier complet sur les retraites

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