Sarkozy, l'homme pressé demande du temps

Revue de presse · 14 fév. 2008 à 17:51

Sarkozy, l'homme pressé

Nicolas Sarkozy doit compter les semaines jusqu'aux élections municipales. Le président est installé sur le toboggan de l'impopularité, aucune décision politique majeure ne pourra être prise avant la défaite annoncée de la droite en mars prochain. Il n'a plus la main et attend l'après municipales pour reprendre le contrôle. En attendant, pour la première fois dans sa carrière, alors que Nicolas Sarkozy s'est battit une réputation d'homme pressé, le président de la République demande du temps. Faute d'avoir des résultats dans l'immédiat comme il s'y était engagé, il veut s'inscrire dans la durée. Une révolution copernicienne pour un homme politique dont l'impatience est le principal trait de caractère.

Revue de presse du jeudi 14 février 2008

- La Croix : Le président inscrit son action dans la durée
- Liberation : Royal met au défi Nicolas Sarkozy de venir s'expliquer en banlieue
- Le Monde : Chez les catholiques, le discours sur les croyants n'efface pas une vie privée critiquée

Prendre son temps, une attitude contre-nature chez Nicolas Sarkozy

Depuis plusieurs années, Nicolas Sarkozy s'est façonné l'image d'un homme pressé, impatient, hyperactif. Le temps est une obsession chez lui. Il y fait référence dans chacune de ses interviews : il n'est "pas là pour durer", il veut travailler "de la première minute, de la première heure, du premier jour", il veut sans cesse "accélérer".
Pourtant, depuis deux mois, la mécanique Sarkozy s'est grippée. A tort ou à raison, l'opinion a eu le sentiment qu'il délaissait son travail au profit d'un bonheur privé étalé dans la presse. Surtout, il s'est présenté comme le "président du pouvoir d'achat" et a répété pendant des mois qu'il avait la "culture du résultat". Et c'est précisément pour cette absence de résultats en matière de pouvoir d'achat que la cote de popularité du président de la République a commencé à fléchir dans un premier temps. Aujourd'hui, il dévisse dans les sondages. Et le président en est à s'inscrire sur la durée d'un quinquennat pour rassurer sa majorité.

Une chute qu'il n'arrive pas à enrayer malgré sa stratégie de reconquête

Depuis plus de trois semaines, le président de la République tente de reprendre la main : hausse des petites retraites, discours sur la religion, déplacement en province, rejet des propositions Attali concernant les taxis. Il multiplie les appels du pied vers son électorat traditionnel mais cette stratégie de reconquête n'a pas les effets escomptés. Selon un sondage IFOP réalisé pour l'hebdomadaire chrétien "La Vie", les catholiques ne sont plus que 60 % à lui accorder leur confiance, contre 83 % lors de son élection. Malgré ses multiples déclarations plaçant la religion au coeur de la cité, il n'arrive pas à faire oublier l'étalage indécent de sa vie privée et du luxe du pouvoir. Une frange de l'électorat catholique ne lui pardonne pas. Même l'épiscopat français se montre très prudent sur la nouvelle conception de la laïcité développée par Nicolas Sarkozy. Son récent discours comparant le prêtre et l'instituteur n'a pas été très bien accueilli au sein d'une communauté religieuse soucieuse de ne pas raviver les tensions sur ce sujet.

Une impopularité différente de celle de Chirac et de Mitterrand

Lors de son déplacement en Guyane, le président de la République a rappelé que ses prédécesseurs avaient eux aussi connus des baisses dans les sondages : "Tous les présidents connaissent des moments plus ou moins faciles" avait-il déclaré. Après le tournant de la rigueur en 1983, François Mitterrand a connu une forte baisse de sa cote de popularité car l'échec de sa politique économique l'a contraint à prendre des mesures douloureuses. De même, en 1996, Jacques Chirac est au plus bas dans les sondages, jusqu'à 63% de mécontents, car il a tourné le dos à ses promesses de campagne. Le discours sur la "fracture sociale" a laissé la place à une politique de rigueur pour redresser les comptes de l'Etat.
Mais la situation est très différente pour Nicolas Sarkozy pour deux raisons. En mai 2007, il a été élu avec une très large avance, faisant notamment l'unanimité dans son camp. Sa côte de popularité était très élevée au début de son mandat. Après cinq années au gouvernement, Nicolas Sarkozy avait réussi à maintenir une popularité élevée alors qu'il avait occupé un poste très exposé. Son dévissage est d'autant plus brutal et a surpris tout le monde. Deuxième différence avec ses prédécesseurs : François Mitterrand et Jacques Chirac ont vu leur cote de popularité baissée en raison de leur politique. Mais l'opinion a toujours été bienveillante à l'égard de la personnalité de Jacques Chirac par exemple. A l'inverse, la chute brutale de Nicolas Sarkozy correspond à un rejet de sa personne. L'opinion désapprouve la manière dont il exerce le pouvoir et médiatise sa vie privée. Nicolas Sarkozy a toujours été une personnalité très clivante dans l'opinion. Maître de la communication politique jusqu'à présent, il a, aujourd'hui, un problème d'image.

Rebondir après les municipales : 2009 et 2010 en ligne de mire

Nicolas Sarkozy doit donc temporiser et espérer une amélioration de la situation. Plusieurs sorties de crise sont déjà échafaudées par l'Elysée. Un remaniement de grande ampleur devrait avoir lieu après les municipales avec la poursuite de l'ouverture, et l'entrée notamment de Claude Allègre au gouvernement. Pendant un temps, au moins, le chef de l'Etat devrait également rester discret sur sa vie privée.
Politiquement, de grands chantiers devraient être ouverts, comme la question de la réforme des retraites, mais Nicolas Sarkozy devrait confier ces sujets à risques à son Premier ministre, dont la côte de popularité est anormalement élevée par rapport au Président. Une nouvelle répartition des rôles va avoir lieu : au président, les décisions populaires, au Premier ministre, les tâches compliquées.
Les six derniers mois de l'année 2008 seront consacrés à la présidence française de l'Union Européenne. A défaut d'avoir des résultats en politique intérieure, le chef de l'Etat tentera de briller sur la scène internationale. Enfin, l'Elysée parie que les réformes structurelles débutées en 2007 et poursuivies en 2008 porteront leurs fruits en 2009. Le gros de la crise financière mondiale est derrière pensent les conseillers de l'Elysée. Dans ce cas de figure, les prochaines échéances électorales s'annoncent favorables à la droite : les élections européennes de 2009 devraient voir le Parti Socialiste à nouveau divisées sur l'Europe, mais surtout, les élections régionales de 2010 devraient aboutir à un rééquilibrage au profit de la droite qui avait perdu la totalité des régions, à l'exception de l'Alsace, lors des régionales 2004. Un succès de la droite en 2010 ouvrirait la voix à l'éventualité d'un deuxième quinquennat en 2012.


Pour rebondir, Nicolas Sarkozy doit donc désormais gérer le temps long et se détacher de la culture de l'immédiateté qui avait fait sa popularité mais qui vient de montrer ses limites. Il aura fallu cinq ans pour que l'omniprésence médiatique finisse par lasser. Nicolas Sarkozy doit désormais changer de stratégie, voir plus loin que le prochain coup médiatique du lendemain.

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