Enseignants-chercheurs : comment l'Elysée a lâché Valérie Pécresse

Enquete · 22 fév. 2009 à 14:02

Valérie Pécresse et Claude Guéant

La mobilisation contre la réforme du statut des enseignants-chercheurs ne faiblit pas. Malgré les vacances scolaires, de nouvelles manifestations ont eu lieu cette semaine. L'objet de tous les mécontentements est un décret donnant plus de pouvoir aux présidents d'université dans l'évaluation du travail des enseignants-chercheurs. Ces derniers dénoncent une mise sous tutelle. Devant un mouvement qui prend de l'ampleur et voyant la ministre de l'Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, dépassée par les événements, Nicolas Sarkozy a décidé de temporiser. Le Monde évoque "un recul probable", Le Canard Enchaîné raconte comment l'Elysée a lâché Valérie Pécresse.

Revue de presse du dimanche 22 février 2009

- Le Monde : Universités : l'Elysée annonce de "nouvelles pistes"
- France Info : Enseignement et recherche : le mouvement ne faiblit pas
- Le Figaro : Enseignants chercheurs : nouveau texte

Que disait le décret modifiant le statut des enseignants-chercheurs ?

Le décret sur le statut des enseignants-chercheurs datait de 1984. Dans le cadre de la réforme de l'autonomie des universités, Valérie Pécresse a donc souhaité actualiser ce décret en donnant davantage de pouvoir aux présidents d'université. Ce texte prévoyait l'évaluation des universitaires tous les quatre ans, sur leurs activités. Il donnait aux présidents d'université le pouvoir de décider, sur la base de ces évaluations, des promotions et de la modulation du temps de service de leurs personnels. Ces nouvelles dispositions ont été perçues comme une perte d'indépendance pour les enseignants-chercheurs.

Valérie Pécresse a été dépossédée du dossier par Nicolas Sarkozy

Pour déminer le terrain, Nicolas Sarkozy a décidé de s'emparer du dossier. Dès le 5 février, dans l'émission "Face à la crise", le président de la République s'était dit prêt à discuter des "modalités" de l'évaluation des enseignants-chercheurs. Vendredi 13 février 2009, il est allé plus loin puisqu'il a demandé à Valérie Pécresse que soient "rapidement explorées de nouvelles pistes pour l'évaluation des enseignants-chercheurs et l'organisation de leurs services". Le Monde évoque "un recul probable" d'une ministre à qui on avait déjà imposé une médiatrice.
La ministre avait pourtant annoncé deux mois de concertation avec le monde universitaire pour modifier le décret. Mais Nicolas Sarkozy veut aller plus vite pour éteindre l'incendie.

Le Monde et les enseignants chercheurs

Un lâchage en règle et une ministre "avec des larmes plein les yeux".

Dans son édition du 18 février 2009, le Canard Enchaîné raconte les coulisses de ce recul. C'est le secrétaire général, Claude Guéant, qui a expliqué à la ministre que le président de la République considérait que le décret était "mort". Il lui a reproché de ne pas avoir suffisamment travaillé le texte du décret et d'avoir été trop préoccupée par la primaire avec Roger Karoutchi pour les régionales 2010 en Ile de France. A l'issue de l'entretien avec Claude Guéant, la ministre a tenté d'obtenir le soutien de François Fillon qui a refusé d'arbitrer.
Finalement, Valérie Pécresse n'a pas réussi à sauver son décret. Selon le Canard Enchaîné, elle est "sortie de l'Elysée, le 13 février, avec des larmes plein les yeux". Nicolas Sarkozy la considère comme la principale responsable de la fronde des enseignants-chercheurs.

Le Canard et Valérie Pécresse



Un nouveau décret doit être présenté dans les prochaines semaines. Il semble acquis que le nouveau décret tiendra compte des deux principaux griefs : maintien de l'indépendance des enseignants-chercheurs et évaluation "nationale" par leurs pairs. Il reste maintenant à Nicolas Sarkozy d'orchestrer la sortie de crise et de masquer le recul du gouvernement.

*** Liens

La fronde des enseignants-chercheurs
- Valérie Pécresse, portrait d'une ministre en difficulté
- Vidéo : le discours de Nicolas Sarkozy qui a mis le feu aux poudres

Claude Guéant, le Premier ministre bis
- Claude Guéant, un homme trop lisse pour une biographie
- Guéant / Sarkozy : un couple improbable
- Ses ennemis : les déstabilisations et coups montés
- Claude Guéant, chef du gouvernement bis de Nicolas Sarkozy

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