Michèle Alliot-Marie, de la Défense à l'Intérieur

Enquête · 20 fév. 2008 à 20:01

Michèle Alliot-Marie

Ministre de la Défense sous Raffarin et Villepin, Michèle Alliot-Marie est devenue ministre de l'Intérieur dans le gouvernement Fillon en juin 2007.
Elle entame donc sa sixième année consécutive en tant que ministre. Cette longévité s'explique par la place qu'elle a réussi à se faire au sein d'une droite essentiellement dominée par des hommes.
Si ses premiers mois Place Beauvau ont été marqués par une transparence absolue, Nicolas Sarkozy est resté de fait ministre de l'Intérieur, elle tente de prendre la main depuis quelques temps. Sa désapprobation suite à la convocation de la presse lors de l'interpellation de 35 individus à Villiers-le-Bel reflète ses velléités d'indépendance vis-à-vis de l'Elysée.

Origines et formation

Michèle Alliot-Marie est née le 10 septembre 1946 à Villeneuve-le-Roi dans le Val-de-Marne. Son père, Bernard Marie est arbitre international de rugby, il est le premier français à avoir officié dans un match de rugby du Tournoi des Cinq nations en 1965. Sa mère, d'origine polonaise est chef d'entreprise.
Michèle Alliot-Marie s'intéresse à la fois à l'ethnologie, les lettres et le droit. Elle obtient un diplôme d'études supérieures de droit privé de sciences politiques et d'histoire du droit, un doctorat en droit ainsi qu'en sciences politiques. Enfin, elle passe une maîtrise d'ethnologie.
Au cours de ses études de droit, elle rencontre son futur mari, le professeur Michel Alliot qu'elle épouse en 1971. Grâce à lui, elle entre véritablement dans le milieu universitaire. Elle devient dans un premier temps, assistante à la faculté à l'université de Paris I puis maître de conférences à la Sorbonne à partir de 1984. Elle exerce également le métier d'avocate.

Ses premiers pas en politique

C'est son père qui lui donne l'envie d'entrer en politique mais sa formation universitaire et son mariage avec Michel Alliot lui permettent de fréquenter le milieu ministériel. Ainsi, dès 1972, Edgar Faure, le ministre des Affaires sociales, lui propose d'être sa conseillère technique. Elle occupe ensuite cette fonction auprès du secrétaire d'Etat aux Universités, Jean-Pierre Soisson (entre 1974 et 1976). A partir de ces expériences, elle est nommée chargée de mission aux cabinets du ministre des Départements et Territoires d'outre-mer puis du secrétaire d'État au Tourisme.
Elle devient directrice de cabinet d'Alice Saunier-Seité, secrétaire d'État puis ministre des Universités, de 1976 à 1978, avant de travailler dans le secteur privé, comme PDG de la société Uta-Indemnité entre 1979 et 1985.
Parallèlement, elle travaille auprès de son père, député de Biarritz, en tant que suppléante à l'Assemblée nationale de 1978 à 1981. Dès 1981, sur les conseils d'un ami de la famille, Jacques Chirac, elle entre au RPR.

Un fief dans les Pyrénées-Atlantiques

Grâce à son père, Michèle Alliot-Marie fait son entrée en politique dans la région des Pyrénées-Atlantiques. En 1983, elle est conseillère municipale de Ciboure puis de Biarritz auprès de Bernard Marie qui l'introduit davantage encore dans la commune. Aux élections cantonales de 1994, elle est élue conseillère générale. En 1995, elle remporte la mairie de Saint-Jean-de-Luz puis les élections cantonales obtenant ainsi le poste de vice-présidente du conseil général des Pyrénées-Atlantiques. Depuis, à chaque élection législative, elle conserve son siège de député.

La conquête du RPR en 1999

Michèle Alliot-Marie adhère au RPR en 1981, sur les recommandations de Jacques Chirac. Dix-huit ans plus tard, elle est la première femme à être élue présidente du RPR. Mais pour accéder à cette reconnaissance, elle a dû d'abord gravir tous les échelons. Dès son adhésion au parti, elle est nommée secrétaire nationale chargée de la fonction publique. Son amitié avec Jacques Chirac lui vaut d'être nommée secrétaire d'Etat chargé de l'Enseignement dans son gouvernement entre 1986 et 1988. Elle quitte le gouvernement lors de la victoire de François Mitterrand à la présidentielle. Toutefois, lors de la deuxième cohabitation, en 1993, Edouard Balladur, chef du gouvernement, lui propose le ministère de la Jeunesse et des Sports. Au sein du RPR, elle est chargée des études et projets puis des affaires étrangères du RPR. En 1991, elle devient alors membre du bureau politique du parti. Elle est élue en 1998 vice-présidente du groupe RPR à l'Assemblée nationale puis secrétaire nationale du parti chargée des problèmes de société, puis des élections. En 1999 est organisée l'élection à la présidence du RPR. Michèle Alliot-Marie se présente contre Jean-Paul Delevoye, François Fillon et Patrick Devedjian qui tous deux se rallient à elle au second tour. Elle remporte ainsi l'élection avec 62,71% des suffrages contre 37,29% pour Jean-Paul Delevoye. Cette victoire crée la surprise car non seulement Michèle Alliot-Marie est la seule femme à s'être présentée aux élections et surtout, le Président de la République a préféré soutenir la candidature de Jean-Paul Delevoy. Elle demeure présidente entre 1999 et 2002, c'est-à-dire jusqu'à la création du nouveau parti de droite : l'UMP. Dans un premier temps, Michèle Alliot-Marie refuse d'adhérer à un parti créé par Jacques Chirac dans un but purement stratégique : rassembler les sensibilités de droite et du centre en vue des élections législatives et présidentielle. Finalement, elle se rallie au parti et devient membre du bureau de l'UMP.

Ministre de la Défense (2002-2007)

En 2002, Jean-Pierre Raffarin désigne Michèle Alliot-Marie à un poste inattendu pour une femme : celui de la Défense, poste qu'elle occupera jusqu'en 2007. Elle est en effet la première femme jusqu'alors à occuper ce ministère. Rapidement, elle réussit à s'imposer à la tête des armées si bien que lorsque Jean-Pierre Raffarin est démis de ses fonctions, elle est rappelée par Dominique de Villepin pour occuper le même poste. Dès son arrivée en 2002 au ministère de la Défense, elle doit régler les problèmes de terrorisme. Son travail est immédiatement remarqué puisqu'elle part au Pakistan, à Karachi où des ressortissants français ont été assassinés. Jacques Chirac lui donne les objectifs à atteindre : dans un premier temps, elle doit augmenter les moyens militaires puis établir la loi de programmation militaire et la faire voter. Enfin, elle doit développer des projets concernant la défense dans le cadre de l'Europe. Elle réalise les objectifs et montre une image d'elle dynamique et audacieuse puisqu'elle n'hésite pas à aller sur le terrain en tenue militaire.

Ministre de l'Intérieur, de l'Outre-mer et des Collectivités territoriales depuis 2007

En 2006, Michèle Alliot-Marie en vue de l'élection présidentielle de 2007, décide dans un premier temps de soutenir la candidature de Jacques Chirac. Face à la défection du Président, elle hésite à se présenter elle-même. Mais les sondages la classant très loin derrière Nicolas Sarkozy, elle décide de se rallier à lui. François Fillon qui, à l'instar du nouveau chef d'Etat, n'est pas un proche de l'ancienne ministre de la Défense, la nomme dans son gouvernement, convaincu de l'importance de sa présence dans son équipe. Michèle Alliot-Marie perd le ministère de la Défense pour obtenir celui de l'Intérieur. Son objectif principal est de réorganiser la police nationale en commençant par trouver les moyens pour lutter contre les violences aux personnes et celle contre les multirécidivistes. Par la suite, elle doit établir une nouvelle loi d'orientation et de programmation pour la sécurité intérieure (Lopsi). En ce qui concerne la sécurité dans les banlieues, Michèle Alliot-Marie souhaite créer trois unités territoriales de quartier pour identifier et interpeller les délinquants. Par ailleurs, elle compte mettre en oeuvre des compagnies de sécurisation en Seine-Saint-Denis pour rétablir l'ordre dans les quartiers violents. Ces annonces ont créé de vives polémiques de la part de ses opposants qui y voient la réinstauration de la police de proximité supprimée par son prédécesseur, Nicolas Sarkozy, en 2002.

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