Nicolas Sarkozy et Carla Bruni : deux mois, un mariage et une chute dans les sondages

Enquete · 4 fév. 2008 à 22:01

Mariage Sarkozy et Bruni

Depuis deux mois, la presse s'interroge sur la frontière entre vie privée et vie publique. Parfois en le faisant de bonne foi, mais souvent comme prétexte pour évoquer des faits qui étaient réservés jusqu'à présent à de la presse people. La presse traditionnelle n'est pas la seule à connaître ce dilemme. L'attitude de l'opinion est elle-aussi contradictoire : les couvertures de presse avec Nicolas Sarkozy et Carla Bruni ne se sont jamais aussi bien vendues et incitent les journaux "respectables" comme le Nouvel Observateur, L'Express ou Le Point à s'aventurer sur le terrain de la vie privée. Mais dans le même temps, les enquêtes d'opinion indiquent que les Français désapprouvent l'exposition au grand jour de la vie privée du président de la République.
C'est cette contradiction de la presse et de l'opinion qui explique la situation actuelle : on hésite à en parler, puis on en parle tout en dénonçant la peoplisation de la vie politique, le lecteur s'agace mais en redemande. En réalité, cette séquence de deux mois qui s'est achevée ce week-end par un mariage présidentiel à l'Elysée a bien une signification politique. Décryptage.

Revue de presse du lundi 04 février 2008

- Le Monde : M. Sarkozy a officialisé son union avec Mme Bruni
- Le Figaro : Sarkozy-Bruni : l'union de deux patrimoines conséquents
- Libération : Sondage : Sarkozy chute de 13 points
- Backchich.info : Carla Bruni, obligée de changer un titre sur son album

La mise en scène d'une nouvelle idylle

Depuis sa crise conjugale en 2005, Nicolas Sarkozy avait juré de protéger sa vie privée et de ne plus la mettre en scène à des fins politiques. Son divorce au mois d'octobre pouvait laisser penser qu'il allait revenir à cette ligne de conduite, après avoir provisoirement remis en scène son ex-compagne pendant les premiers mois à l'Elysée.
Mais le chef de l'Etat a appliqué la stratégie inverse en mettant en scène sa nouvelle idylle avec une ex-top modèle devenue chanteuse à succès. Tout a débuté avec cette fausse séance photo improvisée à Disneyland. Puis il y a eu les vacances de luxe en Egypte, et la visite surprise en Jordanie où Nicolas Sarkozy s'est fait photographier avec Carla Bruni et son fils qui tentait de se cacher sous une capuche. Cette scène a été peu appréciée de l'opinion et montrait les limites de la mise en scène de la vie privée.

Une baisse dans les sondages qui s'accélère

Pendant que le chef de l'Etat vivait sa nouvelle idylle au grand jour, il a commencé à baisser dans les sondages. Après plusieurs mois passés à l'Elysée, la baisse dans les sondages est normale. Mais celle-ci est exceptionnelle pour deux raisons : d'abord parce que ce sont surtout les électeurs traditionnels de Nicolas Sarkozy qui ont lâché le chef de l'Etat, à commencer par les Séniors et les électeurs issus de la droite catholique qui n'ont pas apprécié l'étalage de la vie privée et du luxe dans lequel semble se complaire le président de la République.
Deuxième fait exceptionnel, c'est la rapidité avec laquelle la chute s'est accélérée. Selon le dernier sondage LH2 pour Libération parue le 4 février, 41 % des personnes interrogées ont une opinion positive du chef de l'Etat alors qu'ils sont 55% à en avoir une opinion négative. Or, cette baisse s'est subitement accélérée entre janvier et février : selon le baromètre de LH2, Nicolas Sarkozy avait 67% d'opinions positives en juillet 2007, 54% d'opinions positives en janvier 2008, et ce chiffre a donc chuté à 41% début février.

L'inquiétude de l'UMP

A l'approche des élections municipales, la droite commence sérieusement à s'inquiéter. La défaite qui s'annonçait pourrait se transformer en déroute. Le chef de l'Etat qui voulait en faire de ses élections locales un enjeu national en s'impliquant personnellement dans la campagne a fait marche arrière, au grand soulagement des candidats UMP.
L'inquiétude a également gagné les conseillers du président, conscients du problème d'image de Nicolas Sarkozy. Claude Guéant, secrétaire général de l'Elysée, a plusieurs fois alerté le chef de l'Etat, des enquêtes d'opinion ont été commandées par l'Elysée mais Nicolas Sarkozy a tardé à réagir.
Dans ce contexte de turbulences, l'ennemi numéro 1, Jean-Louis Debré, s'est permis d'attaquer le chef de l'Etat malgré le devoir de réserve inhérent à sa fonction de président du Conseil Constitutionnel. Dimanche 3 février, sur Radio J, il a déclaré qu'il fallait faire attention de ne pas désacraliser les fonctions officielles.

Le revirement de stratégie et un mariage en catimini

Depuis quelques semaines, Nicolas Sarkozy a opéré un virage stratégique : retour sur le terrain, fin de la mise en scène de son idylle et multiplication des prises de position sur des sujets censés faire revenir ses électeurs (hausse du minimum vieillesse, discours rappelant l'importance de la religion, etc.).
Le mariage présidentiel, fait en catimini, illustre parfaitement la difficulté dans laquelle le chef de l'Etat se trouve. Il aurait certainement préféré faire un grand mariage, avec des centaines d'invités, des accréditations pour la presse et tout le faste du pouvoir. Au lieu de cela, la cérémonie s'est déroulée à l'Elysée, dirigée par le maire du 8ème arrondissement, dans la plus stricte intimité avec les membres de la famille. Aucun ami du couple n'était présent, si ce n'est Nicolas Bazire, actuel n°2 du groupe de luxe LVMH et témoin de Nicolas Sarkozy, tout comme Mathilde Agostinelli, responsable de la communication chez Prada, qui était surtout connue jusqu'à présent pour être très proche de Cécilia. Ce mariage en catimini, aucune photo n'a filtré pour l'instant, montre le dilemme de Nicolas Sarkozy, contraint de cesser sa stratégie de peoplisation qui a échoué. D'ailleurs, dès aujourd'hui, il s'est rendu à l'usine Arcelor-Mittal de Gandrange pour annoncer qu'il ferait tout son possible pour empêcher le licenciement de tout le personnel. Et il a terminé son discours en expliquant qu'il n'y avait rien de mieux que Gandrange comme voyage de noce... Ce trait d'humour en dit long sur la difficulté d'un chef d'Etat conscient qu'il ne maîtrise plus totalement sa communication.


Ce mariage présidentiel marque-t-il la fin de cette séquence médiatico-politique de 2 mois qui s'est soldé par une chute dans les sondages ? Le président de la République souhaite mettre un terme à ce passage à vide et l'accusation de ses détracteurs de préférer sa vie privée à son travail de président. Et ses conseillers reconnaissent, comme l'a indiqué Claude Guéant sur Europe 1, que cette clarification va faciliter les choses. Après le feuilleton de la vie privée, place à la politique ?

*** Liens

- Quel est le rôle de la "première dame de France" ?
- La mise en scène de la nouvelle idylle en décembre 2007
- Cote de popularité en baisse : les 3 erreurs de Nicolas Sarkozy
- Course à l'image : Nicolas Sarkozy dépassé par François Fillon
- Le virage à 180° de Sarkozy : sécurité, religion, municipales 100% locales
- Vie privée / vie publique : Ségolène Royal pratique aussi le mélange des genres

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