Rama Yade et Fadela Amara, les nouveaux visages du gouvernement

Thematiques · 20 juin 2007 à 22:06

Rama Yade et Fadela Amara

Nicolas Sarkozy souhaitait un gouvernement d'ouverture et représentatif de la diversité de la société française. A cet égard, l'entrée au gouvernement de Rama Yade et de Fadela Amara est tout un symbole. L'une est une jeune femme prometteuse de l'UMP, l'autre vient des rangs de la gauche et est la fondatrice de la société "Ni putes, ni soumises". Rama Yade a été nommée secrétaire d'Etat aux affaires étrangères et aux droits de l'homme, Fadela Amara a été nommée secrétaire d'Etat à la politique de la ville. Portrait croisé de deux femmes incarnant la discrimination positive prônée par Nicolas Sarkozy.

Deux femmes aux origines très différentes

Fadela Amara a 43 ans. Son père, un Kabyle algérien qui travaillait dans le bâtiment, s'est installé en France en 1955. Elle a vécu dans une cité de Clermont-Ferrand fréquentée par des habitants tous issus du Maghreb au point qu'elle avait l'impression de vivre "dans un village arabe". Ses parents sont analphabètes et Fadela Amara est issue d'une famille nombreuse de 10 enfants. Très tôt, elle s'est lancée dans le militantisme en participant à la marche des beurs en 1983, puis en adhérant à SOS Racisme en 1986. En 2003, après la mort de Sohane, une jeune fille brûlée vive dans un quartier, elle a fondé l'association "Ni putes, ni soumises".
Le parcours de Rama Yade est très différent. Elle a passé son enfance au Sénégal dans un milieu social favorisé : sa mère était enseignante et son père diplomate (il a même été secrétaire particulier du président socialiste Léopold Sédar Senghor). Le contexte socio-familial change en arrivant en France. Elle vit dans un premier temps dans un quartier résidentiel de Colombes avant d'aller dans une cité de Colombes avec sa mère qui s'est retrouvée seule à élever ses enfants. Après avoir fait des études dans une école privée catholique, Rama Yade a obtenu le poste d'administratrice au Sénat.

Une décision difficile à prendre pour l'une, plus facile pour l'autre

Fadela Amara a été contactée une première fois pour faire partie du premier gouvernement Fillon. Elle avait refusé en expliquant qu'elle se sentait plus utile à la tête de son association "Ni putes, ni soumises". Finalement, la deuxième tentative fut la bonne, elle s'est laissée tenter par l'aventure même si la décision fut difficile à prendre car c'est une femme de gauche. Sa nomination a déjà suscité de nombreuses critiques à gauche et en banlieue. On l'accuse d'opportunisme. De son côté, elle répond que son combat n'a pas de clivage politique et qu'elle souhaite transformer la vie dans les quartiers.
Rama Yade n'a pas eu de difficultés à accepter le poste de secrétaire d'Etat. Femme de droite mariée à un socialiste, elle a soutenu Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle. Administratrice au Sénat, elle avait également des responsabilités à l'UMP en tant que secrétaire nationale chargée de la francophonie.

Rama Yade, la benjamine du gouvernement

Agé de 30 ans, Rama Yade est la plus jeune du gouvernement. Elle entre au Quai d'Orsay dans un ministère ou tous les autres responsables politiques sont issus de la gauche : Bernard Kouchner (ministre), Jean-Pierre Jouyet (secrétaire d'Etat), Jean-Marie Bockel (secrétaire d'Etat).
Dans un premier temps, elle avait été pressentie pour occuper le poste de secrétaire d'Etat à la francophonie ou à l'intégration mais elle ne souhaitait pas s'enfermer dans ces thématiques à cause de ses origines. Elle a donc obtenu le poste de secrétaire d'Etat aux droits de l'homme avec une mission qui reste à définir. Au moment de sa nomination, Nicolas Sarkozy lui aurait conseillé d'attendre quelques semaines avant d'intervenir dans les médias, le temps de s'habituer à sa nouvelle fonction. Le président de la République l'a mis en garde contre son franc-parler qu'elle ne maîtrise pas toujours.

Christine Boutin et Fadela Amara, le tandem improbable

Fadela Amara est secrétaire d'Etat, sous la tutelle de la ministre du logement et de la ville, Christine Boutin. Elles le reconnaissent elles-mêmes, leur duo est improbable. Christine Boutin représente la droite catholique, l'opposante au PACS, celle qui considère l'avortement comme un acte inhumain. Fadela Amara est une féministe qui a défendu, avec son association "Ni putes, ni soumises", le droit des femmes à disposer de leur corps, la lutte contre l'oppression dont sont victimes les femmes, notamment dans les banlieues.
Christine Boutin et Fadela Amara s'étaient déjà rencontrées sur des plateaux de télévision pour s'affronter. Elles vont devoir travailler ensemble pour tenter de sortir la banlieue du ghetto dans lequel elle est en train de s'enfermer.

De l'image à l'action

Si la nomination de ces deux femmes issues de l'immigration répond à une volonté de nommer un gouvernement plus représentatif de la société, leur présence ne doit pas être une fin en soi. Ministre délégué à l'égalité des chances dans le gouvernement Villepin, Azouz Begag n'avait aucun budget, ni administration sous son autorité. Sa mission était avant tout symbolique. A Rama Yade et Fadela Amara de montrer qu'elles ne sont pas qu'une simple caution médiatique.











*** Sources
- Anne Chemin, Fadela Amara, le pari d'une insoumise, Le Monde, Jeudi 21 juin 2007
- Marion Van Renterghem, Rama Yade, la Condi Rice de Sarkozy, Le Monde, Jeudi 21 juin 2007
- Judith Waintraub, Amara, l'atout banlieues, Le Figaro, Mercredi 20 juin 2007

*** Liens

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