Comment Sarkozy, Chirac, Giscard et Mitterrand ont appris leur élection à la présidence de la République

Enquete · 6 mai 2012 à 16:01 · Commentaires 0

Mitterrand, Château-Chinon 1981

L'instant zéro. Voilà comment Le JDD résume le moment où un candidat découvre qu'il est élu Président de la République. Valéry Giscard d'Estaing, François Mitterrand, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, ont tous connu cet instant zéro. Entre 18h30 et 19h, tout comme François Hollande aujourd'hui vraisemblablement, ils ont appris qu'ils étaient élus à la plus haute fonction de l'Etat, plus d'une heure avant les résultats officiels de 20 heures.

Récit de ces quelques minutes passées dans un bureau du ministère des Finances, un hôtel de Château Chinon, un bureau de la mairie de Paris ou un simple QG de campagne. Des témoignages recueillis par Le JDD.

1974 : Giscard est seul (ou presque) dans son bureau du ministère des Finances

Le dimanche 19 mai 1974, quand Valéry Giscard d'Estaing apprend qu'il est élu Président de la République avec seulement 474 000 voix d'avance sur François Mitterrand, il est seul dans son bureau du ministère des Finances, rue de Rivoli, au Louvre. Enfin seul... pas tout à fait. Ils étaient quatre dans la pièce : deux photographes (Raymond Depardon, un photographe de l'agence Gamma et un preneur de son). Giscard avait accepté d'être pris en photo cet après-midi là. Au JDD, Raymond Depardon raconte : "Il nous a dit de venir en fin d'après-midi. C'était très tendu. Et aussi très impressionnant. Dans ce grand bureau du Louvre, il y avait la télé... et le tourne-disque. Giscard alternait du Mahler et du Beethoven. Il nous parlait peu. On était plutôt des taiseux. Seuls Ponia, d'Ornano et Chirac pouvaient appeler. A un moment, Chirac, depuis le ministère de l'Intérieur, a appelé. J'ai entendu Giscard dire "ah oui, c'est bon...". Juste ça. Rien d'autre. Et là, j'ai compris qu'il avait gagné". Plus tard dans la soirée, il n'a montré aucune émotion. Il aurait juste lâché qu'il avait été "sauvé par l'Alsace et la Bretagne".

1981 : Mitterrand en famille dans un hôtel de Château-Chinon

Le dimanche 10 mai 1981, François Mitterrand est en famille à l'hôtel "Au vieux Morvan" de Château-Chinon dans la Nièvre, son fief électoral. Mitterrand a déjeuné en famille, avant de s'éclipser tout l'après-midi jusqu'à son retour, vers 18h20. Jean Glavany, député PS, raconte la suite au JDD : à l'époque, il avait été chargé de rester près du téléphone pour communiquer les résultats à Mitterrand. "J'étais transi de trouille à côté de ce téléphone, explique Glavany. Lionel Jospin m'a appelé vers 18h30 : "Tu peux dire à François Mitterrand que les instituts le donnent gagnant à 51%. J'ai descendu les marches de quatre à quatre, poursuit Glavany, je tremblais de tout mon corps". A ce moment-là, Mitterrand est en train de discuter avec les journalistes Anne Sinclair et Yvan Levaï. Et quand Glavany lui annonce les résultats... il n'a montré aucune émotion. "J'ai attendu qu'il finisse une phrase, puis je lui ai glissé à l'oreille "Lionel Jospin me dit que vous êtes élu". Mitterrand m'a écouté et a dit "bon bon, nous verrons ça", puis il a repris le fil de sa conversation, exactement comme si de rien n'était. Il n'a pas eu une ride, pas un signe, rien n'a bougé sur son visage", raconte Glavany.

1988 : Mitterrand à l'Elysée, sans suspense

Le dimanche 8 mai 1988, François Mitterrand est à l'Elysée quand il apprend sa réélection. Une soirée sans suspense comme le raconte Michel Charasse au JDD : "On a commencé à avoir des estimations vers 16 heures. Mitterrand est revenu à l'Elysée et a regardé les résultats tombés avec détachement. Puis, vers 18h10, je crois, Jacques Pilhan, en contact avec les instituts de sondage, est entré dans le bureau. Pilhan a dit que ça allait faire 46-54 en sa faveur. François Mitterrand est resté impassible. Il n'a rien dit, pas bougé... Un peu plus tard, dans la soirée, je l'ai entendu dire "J'aurais pu faire un peu plus" et certifier que son débat face à Chirac avait conforté son score. Il y avait un petit buffet froid dans un couloir. On regardait la télé, lui passait une tête de temps en temps. C'était un non-événement".

1995 : Chirac, en petit comité dans son bureau de la mairie de Paris

Le dimanche 7 mai 1995, Jacques Chirac a réuni quelques proches dans son bureau de la mairie de Paris. Il y a notamment Alain Juppé, Jean-Louis Debré, François Baroin. C'est Frédéric de Saint-Sernin, en charge des sondages, qui a appelé Chirac pour lui annoncer la nouvelle. Pour Le JDD, il se souvient : "J'ai dit à Chirac "Vous êtes élu entre 50 et 54%". C'était la fourchette que m'avait donnée Giacometti. Chirac, un peu goguenard, a fait une blague et m'a dit "Ben, c'est large, tu ne risques pas de te tromper !". François Baroin raconte la scène : "Chirac avait les pieds sur le bureau quand le téléphone a sonné. Quand il a raccroché, il a d'abord reposé ses pieds par terre, puis il a ouvert grand les bras vers nous et a dit "Je crois que c'est fait, je suis président". Chirac était heureux, radieux, un moment d'intensité incroyable".

2002 : Le 21 avril, au soir du premier tour, Chirac comprend qu'il est réélu

A la différence des autres élections, la victoire à la présidentielle de 2002 s'est joué dès le premier tour. Avec la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour, Jacques Chirac était assuré d'être réélu. C'est donc le dimanche 21 avril 2002 que Chirac a compris. Il est 18h55 quand Frédéric de Saint-Sernin annonce les résultats du premier tour : "J'ai dit à Chirac "Vous êtes au second tour face contre Le Pen", raconte Saint-Sernin. Il y a eu un long silence, Chirac ne disait rien. J'ai entendu le silence... Chirac ne dit rien encore. Du coup, j'ai dit une phrase à la con, "C'est gagné !" et cela l'a énervé. Il n'était pas question pour lui de se réjouir". Il s'est alors isolé pour écrire son communiqué.

2007 : Sarkozy avec ses fils et sa mère dans son QG de campagne

Le dimanche 6 mai 2007, Nicolas Sarkozy était dans son bureau du QG de campagne, rue d'Enghien à Paris. "Il avait demandé à être seul. A se créer une bulle", raconte Pierre Charon au JDD. Dans son bureau, il y avait ses fils et sa mère. "Le score est tombé vers 18h30. Laurent Solly a appelé Nicolas Sarkozy et lui a dit une phrase du genre "Je crois qu'à partir de maintenant, je peux vous appeler Monsieur Le Président". En sortant de son bureau, Sarkozy était "rayonnant et grave à la fois... Même s'il n'a jamais été aussi seul que ce soir-là", confie un proche. A cette époque, Sarkozy est en effet en train de se séparer de sa femme. Brice Hortefeux, un intime, n'a même pas croisé Sarkozy ce soir-là, entre le Fouquet's et la place de la Concorde. Ce n'est que le lendemain matin que Sarkozy l'a appelé, raconte Hortefeux. "Je lui ai dit "Bonjour Monsieur le président" et j'entends encore son rire". Pas sûr que Sarkozy rigole beaucoup ce dimanche 6 mai 2012.


*** Sources
- Laurent Valdiguié, "La solitude de l'instant zéro", Le Journal du Dimanche, 06/05/2012

L'instant zéro

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