Paradis fiscaux : l'hypocrisie du G20 et des banques françaises

Enquete · 10 avr. 2009 à 19:12

Paradis fiscaux au G20

Une grande partie de la presse a salué la réussite du sommet du G20 à Londres la semaine dernière. Les 20 plus grandes puissances du monde se sont notamment engagées à lutter contre les paradis fiscaux. Deux listes ont ainsi été créées : une liste noire désignant les paradis fiscaux qui ne coopéraient pas avec les autorités internationales, une double liste grise (claire et foncée) recensant les paradis fiscaux qui s'engageaient à mieux coopérer pour lutter notamment contre le blanchiment d'argent.

Mais une semaine après, coup de théâtre, l'OCDE annonçait qu'il n'y avait plus aucun pays dans la liste noire, les quatre pays concernés s'étant engagés à coopérer avec la communauté internationale.


Retour sur la double hypocrisie du G20 et des banques françaises à propos des paradis fiscaux.

Comment les pays du G20 ont négocié la liste des paradis fiscaux

Dans son édition du 9 avril 2009, le Canard Enchaîné raconte comment les pays du G20 ont élaboré la double liste (noire et grise) des paradis fiscaux. Nicolas Sarkozy s'est attribué le beau rôle en se confiant auprès des journalistes : "Il y a eu vers la fin du sommet, un moment de grande tension sur les paradis fiscaux. Je me suis levé. Quand Obama a vu ça, il s'est levé à son tour. Il est allé chercher les Chinois et on a discuté à trois dans un coin de la salle". Et Sarko de se marrer : "Comme ça, on pourra dire que je me suis levé pour partir". En réalité, les avancées sur les paradis fiscaux sont minimes, et il ne pouvait pas en être autrement selon Jacques Attali qui s'est exprimé sur France 5 le 5 avril : "Parler de paradis fiscaux à Londres, c'est comme organiser une réunion d'alcooliques anonymes dans un bar à vins". L'anecdote est drôle mais reflète les limites du G20.

Ainsi, le Canard Enchaîné nous apprend que les listes des paradis fiscaux ont été âprement négociées. Les Chinois ont par exemple obtenu le retrait de Macao et Hong-Kong de la liste. Les îles anglo-normandes n'ont pas été incluses alors qu'elles en ont le profil. Il en est de même pour trois Etats américains : le Delaware, le Nevada et le Wyoming, qui ont une législation particulièrement laxiste. En réalité, la Chine, l'Angleterre ou encore les Etats-Unis ont négocié comme "des marchands de tapis", dixit le Canard, pour épargner leurs paradis fiscaux. D'ailleurs, un haut fonctionnaire confirme le caractère fictif de ces listes : "tant que le G20 ne parle pas de la législation sur les fondations, les trustees et autres fiducies, tout cela n'est qu'un cirque sans effet".

Le Canard Enchaîné - Les paradis fiscaux

Les banques françaises auraient plus de 500 milliards d'avoirs dans les paradis fiscaux

Pour illustrer l'hypocrisie des Occidentaux, l'hebdomadaire Marianne a tenté de recenser les avoirs des banques françaises dans les paradis fiscaux. Dans son numéro du 28 mars, le magazine publie une série de chiffres issue des données fournies par la banque de France. Il apparaît que les banques françaises auraient 532 milliards d'avoirs dans les paradis fiscaux. Si Marianne a pris une définition relativement large des paradis fiscaux, en incluant par exemple l'Irlande (qui ne figure pas sur les listes établies par le G20), on peut tout de même s'étonner des sommes colossales investies par les banques françaises dans les paradis fiscaux. Et le phénomène aurait tendance à s'amplifier, selon Marianne :

"Les banques françaises disposaient au 30 juin 2008 de plus de 532 milliards de dollars (environ 370 milliards d'euros) dans ces paradis, soit 12,5 % du total des créances détenues sur les autres pays. Un chiffre qui, sous l'effet de la spéculation, a explosé en cinq ans : + 300 %". Mais le gouvernement français serait déterminé à lutter contre ces paradis fiscaux qui coûtent chers à l'Etat : "les 532 milliards de dollars investis dans les paradis fiscaux génèrent un manque à gagner d'environ 20 milliards d'euros chaque année pour Bercy. « C'est ce qui va perdre les paradis fiscaux, car les Etats ont impérativement besoin de retrouver les recettes fiscales. Il y a donc un consensus international pour leur tordre le cou. Le top départ sera donné le 2 avril au G20 de Londres. Cela mettra quelques années, mais ce sera efficace ! » prédit Christian Chavagneux, coauteur du livre les Paradis fiscaux".

523 milliards dans les paradis fiscaux



En apparence, le G20 a donc pris des mesures pour exiger davantage de transparence et de coopération des paradis fiscaux. Mais la manière dont les listes ont été négociées et la rapidité avec laquelle les quatre pays de la liste noire ont été retirés en une semaine incitent au scepticisme.

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