Le gouvernement et l'UMP s'attaquent aux chiffres de l'INSEE

Brèves · 24 juin 2008 à 15:25

INSEE

L'offensive médiatique du gouvernement et de la majorité parlementaire pour défendre le bilan de Nicolas Sarkozy s'est faite en deux temps. Hier, le gouvernement a lancé une grande campagne de publicité censée vanter le travail du gouvernement pour améliorer le pouvoir d'achat des Français. Mais 48 heures avant, pour préparer le terrain, l'UMP et la ministre de l'économie s'étaient empressées de démonter les chiffres pessimistes de l'INSEE. Si la remise en cause des chiffres de l'INSEE est devenue une habitude, rarement une administration publique avait autant été décriée par sa propre ministre de tutelle, Christine Lagarde.


Retour sur une campagne de dénigrement.

Les mauvais chiffres de l'inflation et du pouvoir d'achat

L'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) a publié jeudi dernier une note de conjoncture pour l'année 2008. Et les estimations chiffrées n'annoncent pas une embellie de la situation économique de la France : selon l'INSEE, la croissance ne devrait être que de 1,6%, l'inflation devrait grimper à 3,2% et le pouvoir d'achat des ménages devrait baisser de 0,4%. A 48 heures d'une campagne de publicité de 4,3 millions d'euros pour vanter le bilan du gouvernement, ces chiffres faisaient donc désordre. La ministre de l'économie et l'UMP ont donc tenté de désamorcer la polémique en se prenant vivement aux statisticiens de l'INSEE.

INSEE, la cible de l'UMP et du gouvernement

Vendredi 20 juin, toute la majorité a passé son temps à dénigrer le travail de l'INSEE. En déplacement à Bruxelles, Nicolas Sarkozy a balayé d'un revers de la main ces mauvais chiffres : "Ne me demandez pas de me passionner pour un document dont je sais qu'il sera révisé !". François Fillon a fait de même : "Les prévisions de l'Insee sont comme d'habitude extrêmement pessimistes. On a vu ces derniers mois qu'elles ne se vérifiaient pas toujours". Sur France Info, Christine Lagarde, ministre de l'économie dont l'INSEE est sous la tutelle, a réfuté les chiffres sur l'inflation : "Cela ne me paraît pas justifié par l'évolution que nous constatons actuellement sur le marché". Le porte-parole de l'UMP, Frédéric Lefebvre, est même allé plus loin en remettant en doute les compétences des statisticiens de l'INSEE : "les chiffres retenus en matière d'inflation sont au-delà des prévisions de tous les experts". L'année dernière, l'INSEE avait déjà été la cible du gouvernement Villepin à propos des chiffres du chômage. La publication des chiffres, plus mauvais que ceux du gouvernement, avait alors été retardée de quelques mois.

L'INSEE a-t-elle des prévisions trop pessimistes ?

Les prévisions de l'INSEE sont-elles trop pessimistes ? Les chiffres avancés sont-ils malhonnêtes ?
Si l'INSEE révise souvent ses chiffres en cours d'année, ce n'est pas par incompétence. C'est une pratique courante dans tous les pays occidentaux pour ce type de statistiques en raison de l'évolution constante de la situation de l'économie mondiale. Plus les données sont précises (investissement, exportations, consommation), plus les statistiques sont affinées chaque trimestre. C'est le principe même de ces statistiques. Et contrairement à ce que le gouvernement affirme, ce ne sont pas toujours les chiffres les plus pessimistes qui sont retenus par l'INSEE. Par exemple, s'agissant de l'inflation, le chiffre de 3,2% retenu par l'INSEE est identique à celui calculé par BNP Paribas (3,3%) et Goldman Sachs (3,2 %). D'ailleurs, l'INSEE a dû revoir à plusieurs reprises ce chiffre à la hausse en raison de l'augmentation du prix du baril. La première estimation était donc plutôt trop optimiste.



Les attaques du gouvernement contre l'INSEE sont donc en partie infondées. Certes, l'INSEE révise très souvent ses statistiques, mais comme tout institut de ce type en Europe. Cela ne reflète par une insuffisance mais tout simplement un métier où la correction de chiffres est permanente et normale. Quant au fait que l'INSEE choisirait systématiquement les estimations les plus pessimistes, cela ne tient pas vraiment car si c'était le cas, l'INSEE ne serait pas contraint de revoir ses chiffres aussi régulièrement.




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La publicité du gouvernement

> Le gouvernement fait sa propre publicité pour 4,33 millions d'euros

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