Média : la difficile réforme de l’audiovisuel extérieur

Enquête · 26 jan. 2008 à 18:58

Réforme de l'audiovisuel

France 24, TV5, Euronews, Radio France Internationale, l'offre francophone de média émettant à l'étranger est pléthorique. Nicolas Sarkozy souhaite que ces chaînes extérieures soient plus compétitives afin qu'elles soient en mesure de rivaliser avec les deux grandes chaînes anglophones d'information, BBC World et CNN. A l'origine, le président de la République voulait fusionner toutes ces entités. Mais les actionnaires de TV5, les Suisses, les Belges et les Québécois y sont hostiles.
Décryptage de la difficile réforme de l'audiovisuel extérieur.

L'organisation actuelle des chaînes extérieures

Pour le moment, les chaînes extérieures forment un réseau de télévisions et de radios francophones issues des différents pays, sans ligne éditoriale cohérente ni structures communes. Chaque chaîne est donc indépendante et présente ses spécificités. L'avantage c'est que l'on peut avoir accès à de multiples choix. L'inconvénient, c'est que ce système coûte beaucoup d'argent et monopolise énormément de personnel. D'après le Quai d'Orsay, ce réseau représente 300 millions d'euros par an. Nicolas Sarkozy rappelle que la BBC a autant de moyens que l'audiovisuel extérieur français alors qu'elle est bien plus visible et influente. Ces chaînes ont différents actionnaires. TV5 Monde est financé à 47% par France Télévisions et le reste par des chaînes suisses, québécoises et belges, France 24 à 50% par TF1 et 50% par France Télévisions, EuroNews à 100% par la Société éditrice de la chaîne d'information internationale Euronews, Radio France Internationale (RFI) à 53% par le Ministère des Affaires étrangères et le reste par des ressources propres (publicité, etc.) et la redevance audiovisuelle.

L'objectif : viser un plus large public

La réforme des chaînes publiques destinées à l'étranger fait partie des dossiers importants que le président de la République souhaite mettre en oeuvre rapidement. Néanmoins, ce ne sera guère facile : depuis de nombreuses années, conseillers et chargés de missions réfléchissent à cette réforme, tentent de proposer des idées mais les projets n'ont jamais pu aboutir faute d'un accord entre les différents pays. En août dernier, Nicolas Sarkozy a demandé au ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner ainsi qu'à la ministre de la Culture, Christine Albanel de réfléchir à la façon de réorganiser ces chaînes francophones. L'objectif n'est pas tant de faire des économies que de faire rayonner plus largement la francophonie dans le monde. Il faut diffuser la langue française à travers le monde à l'instar de l'anglais. Pour y parvenir, il semble nécessaire au chef d'Etat de réformer ce paysage audiovisuel en proposant une chaîne unique. L'avantage serait d'avoir recours à moins de personnels et de dépenser moins d'argent tout en canalisant un large public actuellement dispersé entre les différentes chaînes. L'objectif est donc de simplifier la gestion du réseau audiovisuel.

Vers la création d'une holding baptisée « France Monde »

Dès juin, un comité constitué d'une vingtaine de personnes réfléchit à la façon de mettre en oeuvre une réforme de l'audiovisuel. Quatre ministères sont concernés : Bercy, Matignon, Affaires étrangères et Culture. La situation est délicate puisque la Suisse, le Québec et la Belgique craignent d'être mis sur le côté et de voir leurs chaînes disparaître. Contrairement à ce que souhaite la France, ils ne voient pas l'intérêt de fusionner toutes les chaînes en une seule. Chaque pays veut garder la spécificité de chacune de ses chaînes.
Pour que la réforme se fasse le plus en douceur possible et afin d'empêcher toute fermeture, le comité a reçu des spécialistes de l'audiovisuel comme Hervé Bourges ou Francis Balle, des parlementaires, des syndicalistes des différentes chaînes et leurs directeurs de rédaction et les PDG.
Finalement, Nicolas Sarkozy a dû faire des compromis. Il n'était pas possible, face à la pression des chaînes comme des actionnaires de fusionner les chaînes en une. Il n'était encore moins possible d'appliquer sa réforme sans avoir le consentement des différents partenaires. Il a donc accepté l'un des projets proposé par le comité : celui de créer une holding dirigée par un PDG et conserver les différentes chaînes. En fait, ce système s'inspire du modèle France Télévisions qui a un PDG ainsi que des directeurs généraux des différentes chaînes (France 2, 3, 4, 5 et O).

Nicolas Sarkozy a donné son accord pour la réalisation de cette réforme, faute de mieux. Pour satisfaire les partenaires issus des différents pays et les actionnaires, il a dû choisir le projet le moins contraignant : la création de la holding « France Monde ».

*** Liens

- Audiovisuel public : pourquoi Nicolas Sarkozy veut-il supprimer la publicité ?
- Livre sur TF1 : Le Canard Enchaîné a failli se faire piéger par un canular
- La crise du journal Le Monde est-elle politique ?
- Libération, portrait d'un journal de gauche
- Sarkozy et les médias : l'information neutralisée par la communication politique

_____________________________________________________
Quiz : Qu'est-ce que le "Media-Training" ?

Commentaires