Sondages contradictoires sur Sarkozy : les médias choisissent leurs chiffres

Enquete · 12 jan. 2008 à 21:36

Sondages contradictoires

Depuis plus d'une semaine, la presse se fait l'écho d'une baisse de la cote de popularité de Nicolas Sarkozy. Cette baisse de régime a d'ailleurs poussé le chef de l'Etat à reprendre la main en annonçant quelques mesures spectaculaires (fin des 35 heures, suppression de la publicité pour la télévision publique) destinées à rappeler que c'est bien lui qui décide et qu'il peut encore surprendre. Au lendemain de la conférence de presse, des instituts de sondage ont mené des enquêtes d'opinion pour mesurer les effets des annonces de Sarkozy. Et, surprise, à lire deux sondages contradictoires, Nicolas Sarkozy n'aurait pas été convaincant avec des mesures qui seraient pourtant plébiscitées par l'opinion. Ainsi, dans la journée de vendredi, on pouvait lire sur le site internet du Parisien que Nicolas Sarkozy n'a pas convaincu. En revanche, sur le site du Figaro figurait en gros titre "Les Français approuvent les priorités de Sarkozy". Dans le premier cas, le sondage a été réalisé par téléphone par un institut de sondage traditionnel (CSA). Dans le deuxième cas, le sondage a été réalisé sur Internet par un nouvel institut sondage souvent décrié : Opinion Way.

Revue de presse du samedi 12 janvier 2008

- Le Monde : Nicolas Sarkozy ne convainc pas les Français
- Le Figaro : Les Français approuvent les priorités de Sarkozy
- 20 minutes : Les projets de Sarkozy plus populaires que lui

Sondage CSA : 50% des Français n'ont pas été convaincus par Sarkozy

Dans son édition du vendredi 11 janvier 2008, Le Parisien a publié un sondage CSA indiquant que 50 % des personnes interrogées estimaient que le chef de l'Etat avait été peu ou pas du tout convaincant, contre 39 % qui jugeaient que Nicolas Sarkozy avait été très ou assez convaincant. En revanche, les Français approuvent les projets du chef de l'Etat. Sur la dizaine de propositions avancées par le président de la République, une seule suscite l'hostilité de l'opinion : la fin des 35 heures (50 % contre, 43 % pour).

Sondages Le Parisien

Sondage Opinion Way : Les Français approuvent les priorités de Sarkozy

Le même jour que le sondage CSA, le site Lefigaro.fr sortait un sondage Opinion Way différent. Ainsi, selon cet institut de sondage par Internet, les Français approuvent les priorités de Nicolas Sarkozy. Par exemple, 88 % des sondés approuvent le développement de la participation et de l'intéressement aux résultats des PME. Adhésion record ! Par ailleurs, 52% des Français font confiance à Nicolas Sarkozy pour mener à bien les réformes dont la France a besoin. Ils étaient 62% en juin 2007.

Lefigaro.fr et NouvelObs.com choisissent les sondages qui les arrangent

Face à ces chiffres qui indiquent des tendances contradictoires, il n'y avait plus qu'à faire un choix éditorial. Pour Le Parisien, le titre reflétait les contradictions des sondages. "Sarkozy : bof, Ses projets : oui". En revanche, Le Figaro.fr (journal marqué à droite) a eu moins d'état d'âme en titrant en Une : "Les Français approuvent les priorités de Sarkozy". Le sondage Opinion Way tombait à pic. Toutefois, le site internet ne pouvait ignorer l'autre sondage plus négatif, la rédaction web a donc décidé d'en faire écho dans sa rubrique "flash" moins visible. Et voilà comment sur une même page web, on peut que lire que les Français approuvent mais que Sarkozy "n'est pas convaincant". De son côté, NouvelObs.com (journal marqué à gauche) a simplement fait référence aux sondages négatifs pour Sarkozy.

Nouvelobs

Le Figaro

Les sondages reflètent souvent l'opinion... des médias qui les ont commandés

Ce n'est pas la première fois que des sondages contradictoires sont publiés et que les interprétations divergent d'un média à l'autre. Vendredi 11 janvier 2008, Le NouvelObs (gauche) a mis en avant les chiffres négatifs pour le pouvoir, Le Figaro a préféré insister sur l'adhésion de l'opinion aux idées de Sarkozy. Au lieu d'analyser objectivement des enquêtes d'opinion dont les instituts soulignent sans cesse le caractère scientifique de leur méthode, les médias choisissent les chiffres qu'ils veulent mettre en avant en fonction de leur ligne éditoriale. Les chiffres des sondages ne sont alors plus qu'une illustration d'un propos délibérément partisan. Or, là où il y a un début de manipulation, c'est que ces chiffres sont présentés au lecteur comme une photographie de la réalité.

Le Figaro aurait-il publié le sondage d'Opinion Way s'il s'était avéré défavorable au chef de l'Etat ? Ou le sondage serait-il passé à la trappe en attendant des jours meilleurs avec des chiffres plus en adéquation avec la ligne éditoriale ? Quand les résultats des sondages doivent correspondre à la couleur politique de ceux qui les lisent, ce sont désormais des « enquêtes de sa propre opinion ».

*** Liens

- Municipales à Paris : l'interprétation des sondages varie d'un média à l'autre
- Sarkozy / Royal : le rôle des médias et des sondages dans la perception du débat
- Le rôle des instituts de sondage pendant la campagne présidentielle
- Le français des sondages : l'abonné au téléphone fixe de plus de 34 ans

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Quiz : Quel était le titre de la Une du Figaro au lendemain de la victoire de Nicolas Sarkozy ?

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