Sarkozy/Poutine : une rupture dans la diplomatie ?

Enquete · 9 oct. 2007 à 10:24

Sarkozy et Poutine

Nicolas Sarkozy se rend aujourd'hui en Russie pour une visite officielle de deux jours. Il doit notamment rencontrer Vladimir Poutine. Au cours de la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy avait exprimé la volonté de rompre avec la diplomatie française complaisante à l'égard de la Russie. Sur la Tchétchénie, les droits de l'homme, le candidat de l'UMP s'était montré très ferme. En juin, Nicolas Sarkozy et Vladimir Poutine avaient montré une certaine complicité, en décalage avec la fermeté affichée pendant la campagne. Ce voyage officiel de deux jours va permettre de vérifier le degré de rupture de la diplomatie Sarkozy.

Revue de presse du mardi 09 octobre 2007

La presse revient aujourd'hui sur ce premier voyage officiel important du quinquennat de Nicolas Sarkozy. "Première visite de Nicolas Sarkozy à Moscou" titre le nouvelobs. "Sarkozy rode sa nouvelle diplomatie à Moscou" affirme Le Figaro. Le Monde rappelle qu'"En Russie, les lois sur l'immigration entravent la libre circulation et le travail des ONG".

La Russie, une démocratie ?

Selon la constitution de Russie, la présidence de la République est limitée à deux mandats successifs. Vladimir Poutine est au pouvoir depuis 2000. En théorie, il ne peut donc pas se présenter pour l'élection présidentielle de 2008. Depuis des mois, il répète qu'il ne changera pas la constitution pour convenance personnelle afin de pouvoir se représenter.
Toutefois, depuis la semaine dernière, un scénario se dessine pour permettre à Poutine de rester au pouvoir : il va lui-même diriger la campagne de son parti "Russie Unie" pour les prochaines législatives. A terme, il envisage de devenir Premier ministre. L'élection présidentielle serait alors factice, un de ses fidèles serait désigné comme son successeur à la présidence, le vrai pouvoir revenant au Premier ministre.

Le non-respect des droits de l'homme en Russie

Depuis des années, la communauté internationale sait que les droits de l'homme ne sont pas respectés en Russie. Des cas de torture en Tchétchénie (petite autonome de Russie qui réclame son indépendance) sont avérés. Les opposants à Vladimir Poutine sont muselés, voire emprisonnés. La justice est aux ordres du pouvoir et condamne régulièrement des opposants politiques lors de procès truqués. Les médias sont à la botte du pouvoir. Pourtant, comme pour la Chine, la communauté internationale ose à peine évoquer ses manquements aux respects des droits de l'homme.

La rupture du candidat Sarkozy

Lors de la campagne électorale, Nicolas Sarkozy s'était montré très ferme. Alors que Jacques Chirac évitait de parler publiquement des problèmes qui fâchent, le candidat de l'UMP souhaitait une rupture dans le langage diplomatique, notamment à propos de la Russie. Il entendait dénoncer les crimes en Tchétchénie, le non-respect des droits de l'homme, la répression des opposants au régime... André Glucksmann, intellectuel de gauche, avait même soutenu la candidature de Nicolas Sarkozy essentiellement en raison de son langage de vérité, de son discours contre le totalitarisme et de sa volonté de dénoncer les crimes en Tchétchénie,

La diplomatie du président Sarkozy

Officiellement, la position de Nicolas Sarkozy n'a pas changé. Il entend rester ferme sur les principes en entretenant un dialogue "franc" avec Vladimir Poutine. "Défendre nos intérêts et dire franchement ce que nous pensons, c'est faisable" a-t-il notamment déclaré. La semaine dernière, le chef de l'Etat a critiqué la position conciliante de la Russie à propos du nucléaire iranien en allant même jusqu'à dire que la Russie est "un pays qui complique la résolution des grands problèmes du monde". Dans le même temps, lors du sommet du G8 en juin, Sarkozy et Poutine avaient montré une complicité en total décalage avec cette image de rupture. En réalité, si les mots sont plus durs, les relations diplomatiques entre la Russie et la France restent inchangées dans les faits. A Nicolas Sarkozy de montrer que la diplomatie des mots peut aussi s'accompagner d'un changement dans les actes.

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