Divertissement et humour en politique : l'autre manière de toucher l'opinion

Livres politiques · 9 mai 2008 à 23:27

Sarkozy chez Drucker

La présence d'Olivier Besancenot chez Michel Drucker pour un spécial "Vivement Dimanche" ce week-end a relancé le débat sur l'opportunité ou non des responsables politiques à se rendre dans les émissions de divertissement. Les émissions politiques ne réunissant plus un audimat suffisant, les politiques se rendent désormais bien volontiers dans des émissions plus populaires pour toucher davantage d'électeurs.

Dans "La revanche de l'opinion", Laurent Cayrol, directeur de l'institut de sondages CSA et chercheur au centre de recherches politiques de Sciences-Po, explique comment l'humour et le divertissement permettent de toucher une autre partie de l'opinon publique qui ne lit plus les journaux et se détourne des émissions de débat.


Cette semaine, à l'occasion du premier anniversaire de l'élection de Nicolas Sarkozy, Politique.net publie une série en 5 volets sur la démocratie d'opinion, à un moment où le président de la République peine à remonter dans les sondages.

Revanche de l'opinion



Roland Cayrol ne cesse de le répéter : les Français lisent de moins en moins les journaux et se détournent de la politique au profit des divertissements. Ils n'ont pas envie de passer du temps à écouter un homme politique dont ils n'éprouvent que de la méfiance, persuadés qu'il a recours à la manipulation et à la langue de bois pour échapper aux questions désobligeantes. Les Français refusent donc de regarder au journal télévisé une personnalité si ce n'est le Président de la République, son Premier ministre voire le chef de l'opposition. Mais ces rendez-vous doivent demeurer exceptionnels. Les professionnels de la télévision ont remarqué que les téléspectateurs zappent au moment où le journaliste reçoit un homme politique. Parce que les responsables des chaînes ne veulent pas perdre leur public, ils cèdent à leur demande et évitent d'inviter des personnalités politiques peu connues.

Pour faire diversion, la télévision a trouvé un subterfuge : le divertissement. Ainsi, dans des émissions de variété où chanteurs et acteurs se côtoient, une personnalité politique est invitée à siéger à leurs côtés et participer à la bonne humeur générale. Dans ces émissions, le politique est un invité comme un autre. Il doit répondre aux mêmes questions que les autres, qu'elles portent sur sa vie privée comme sur ses goûts et s'il en a l'occasion, peut espérer passer un message sur son programme politique ou une action particulière. Le 15 janvier 2006, Michel Drucker invite le chanteur Didier Barbelivien. Celui-ci fait venir le candidat à l'élection présidentielle, Nicolas Sarkozy qui ose affirmer qu'il fait le « même métier » que son ami : « communiquer des émotions au public ». A force de vouloir séduire le téléspectateur, les politiques ont oublié leur fonction première : faire passer des idées pour changer le pays.

Au même moment que le journal télévisé, les Guignols donnent rendez-vous aux téléspectateurs pour se moquer des travers des politiques et rendre compte des actualités sur le mode de la caricature et de l'humour. Les gens ont beau savoir que c'est un divertissement, ils accordent plus de crédit aux marionnettes qu'aux personnalités réelles, persuadés que celles-ci leur mentent. Les Guignols osent dire tout haut ce que les politiques sont censés penser tout bas.

*** Liens

Série : "La revanche de l'opinion"
1. La revanche de l'opinion : l'importance des sondages dans la vie politique
2. Emotions et arguments : comment se forger une opinion ?
3. Les divisions de l'opinion : ceux qui votent, ceux qui s'abstiennent
4. Le rôle de la télévision et de la radio dans la formation de l'opinion
5. Divertissement et humour en politique : l'autre manière de toucher l'opinion

> Roland Cayrol, La Revanche de l'opinion, Médias, sondages, Internet, Editions Jacob-Duvernet, 205 p., 2007

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