Jean-Marc Ayrault, portrait d'un Premier ministre discret

Portraits politiques · 20 août 2012 à 23:01 · Commentaires 0

Jean-Marc Ayrault

Jean-Marc Ayrault est-il le Fillon de François Hollande ? Discret, voire timide, le nouveau Premier ministre a un profil similaire à celui de son prédécesseur.

Portrait.

Origines et formation

Jean-Marc Ayrault est né le 25 janvier 1950 à Maulévrier dans le Maine-et-Loire. Son père était ouvrier dans une industrie textile, qui a été reprise plus tard par l'un de ses fils. Aîné d'une fratrie de cinq enfants, Jean-Marc Ayrault est issu d'une famille catholique où le travail et la rigueur constituent les principales vertus. Il vient donc d'un milieu progressiste mais plutôt conservateur sur le plan des valeurs.
Très tôt, Jean-Marc Ayrault s'engage en politique : d'abord au sein du Mouvement rural de la jeunesse chrétienne (MRJC) à Maulévrier, ensuite, il rejoint la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), puis l'Action catholique ouvrière (ACO) avant d'adhérer au Parti socialiste en 1972, au lendemain du congrès d'Epinay.
C'est lors de ces années de militant qu'il rencontre sa femme, elle aussi originaire de Maulévrier, qui deviendra enseignante comme lui. Jean-Marc Ayrault passe une licence d'allemand à la faculté de Nantes puis le concours du CAPES en 1973.

Maire à 27 ans, député à 36 ans

Parallèlement à sa carrière d'enseignant, Jean-Marc Ayrault continue de militer au Parti socialiste. En 1977, cinq ans après son entrée au PS, il se fait élire maire de la ville de Saint-Herblain, jusque-là détenue par le RPR. À 27 ans, il devient donc le plus jeune maire de France d'une commune de plus de 30 000 habitants.
Neuf ans plus tard, lors des élections législatives de 1986 qui voient la victoire de la droite, Jean-Marc Ayrault est élu député. En 1989, il poursuit son ascension politique en renonçant à la mairie de Saint-Herblain pour se présenter aux municipales à Nantes, ville détenue par la droite. Il remporte l'élection et fait de la mairie de Nantes sa carte de visite pour un destin national. Après la fermeture des chantiers navals en 1986, Nantes cherche en effet un nouveau souffle. Jean-Marc Ayrault, dès son arrivée à Nantes, change considérablement le profil de la ville. Réélu quatre fois à la tête de cette métropole régionale, il peut se vanter d'avoir un bilan local très positif au point d'étouffer toute opposition. La droite peine à attaquer le bilan du maire. En 2001, il est réélu dès le premier tour, événement très rare pour une agglomération de cette taille.

Président de groupe socialiste à l'Assemblée nationale et maire

Parallèlement à son activité locale, Jean-Marc Ayrault entame une carrière nationale en intégrant le bureau exécutif du Parti socialiste. En 1997, réélu dans sa circonscription, il est nommé président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale en raison de son sérieux et de son enracinement local. A ce poste, il se montre exemplaire : travailleur, à l'écoute, il fait l'unanimité au sein du groupe des députés socialistes même si on lui reproche son caractère trop lisse.
Entre la mairie de Nantes, la présidence du groupe socialiste à l'Assemblée et le travail au bureau politique du PS, Ayrault partage son temps entre Nantes et Paris et travaille en équipe.
A force de cumuler les fonctions, Jean-Marc Ayrault a plusieurs équipes : il compte une vingtaine de collaborateurs pour la gestion de la mairie, une dizaine pour la gestion de la communauté de commune "Nantes Métropole" et une quarantaine pour la politique nationale à Paris. Autrement dit, Jean-Marc Ayrault dispose de près de 70 collaborateurs travaillant pour lui.

Une timidité et une distance qui le handicapent sur la scène nationale

Le maire doit sa réussite à une gestion de proximité : à Nantes, il se tient au courant de tout et ses équipes sont chargées de prendre en compte toutes les demandes et les réclamations des habitants. Jean-Marc Ayrault est donc un notable local reconnu.
Sur la scène nationale, c'est plus compliqué. Après 10 ans de présidence du groupe socialiste et alors que les députés souhaitaient un renouvellement des cadres pour traduire le besoin de rénovation, Jean-Marc Ayrault s'est fait réélire pour cinq ans à la tête des députés socialistes en juin 2007. Mais en échange, il a promis de mener une profonde rénovation politique du PS, à commencer par la formation d'un cabinet fantôme, l'équivalent d'un gouvernement fictif chargé de faire des contre-propositions au gouvernement Fillon. L'objectif était de bâtir une opposition active et constructive à l'Assemblée nationale mais ce shadow cabinet est vite tombé dans l'oubli six mois après sa création.
Principal handicap de Jean-Marc Ayrault : il est très austère, voire distant. Il est plus à l'aise dans les réunions de travail que dans les manifestations publiques ou dans les meetings. Ses partisans relèvent une timidité de caractère, d'autres, plus acerbes, parlent plutôt d'un manque de charisme. Proche de François Hollande, et malgré ces handicaps, il était pourtant pressenti au poste de Premier ministre en 2007 en cas de victoire de Ségolène Royal. Ce sera finalement chose faite en 2012, à l'issue d'une campagne où il est pourtant resté très discret.

Premier ministre du président François Hollande

Quelques jours après son élection à la présidentielle, François Hollande annonce officiellement la nomination de Jean-Marc Ayrault à Matignon. Le grand public connaît encore peu l'ancien président du groupe PS à l'Assemblée, mais Hollande a fait le choix de la complicité et de la fidélité. Comme le chef de l'Etat, Ayrault a le goût du compromis et de la modération : « Il a un vrai sens du rassemblement. Quand on est président d'un groupe de plus de 200 députés, ça compte », note un parlementaire de gauche.
Certains lui reprochent dès sa nomination de n'avoir jamais occupé de postes ministériels (comme François Hollande), mais son biographe explique qu' « il a largement participé au fonctionnement de l'appareil d'Etat grâce à son mandat de président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale. Avec François Hollande, ils participaient très régulièrement aux petits-déjeuners du mardi à Matignon lorsque Lionel Jospin y était en 1997 et 2002. Il a étudié tous les grands dossiers, il a ainsi une expérience certaine de la chose publique. Réélu deux fois à ce poste, il a une très bonne connaissance de l'Assemblée nationale. »
En tant qu'ancien professeur d'allemand, il est germanophone et connaît très bien le parti social-démocrate (SPD). Un véritable atout pour entretenir des liens étroits avec Angela Merkel en cette période de crise économique.


Anne-Sophie Demonchy



*** Sources
- A. Besson, "Ayrault : ce que j'ai appris en rédigeant sa biographie", Le Plus, 15/05/2012
- F. Girou, "Ayrault, fils d'ouvrier épris d'Europe à Matignon", Ouest France, 15/05/2012
- M. Deslandes, 'Ayrault, un Premier ministre « allemand » pour Hollande', Rue89, 15/05/2012
- G. Clavel, "Ayrault : portrait d'un baron très discret", Le HuffingtonPost, 15/05/2012




>> DOSSIER : Comment François Hollande est devenu Président de la République

Hollande, président de la République, 6 mai 2012, TF1, 20 heures

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