Quelles sont les conséquences de la perte du triple A pour la France ?

Eco + Net · 14 jan. 2012 à 13:21 · Commentaires 0

Triple A

L'agence de notation Standard and Poor's a abaissé d'un cran la note de la France. De AAA, la note est passée à AA+. A 100 jours de la présidentielle, il s'agit d'une mauvaise nouvelle pour Nicolas Sarkozy qui avait fait du maintien du triple A le principal gage du sérieux de sa politique économique et budgétaire.



Mais quelles sont les conséquences de la perte du triple A ? A quoi sert cette note ? Pourquoi la dette pourrait-elle augmenter ?

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Attention : Les explications qui suivent sont volontairement simplifiées, elles privilégient le raisonnement à la subtilité d'une argumentation prenant en compte tous les aspects techniques d'un tel sujet.

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A quoi sert le triple A ?

Les agences de notation attribuent des notes aux Etats pour évaluer le risque d'un prêt pour un investisseur. En clair, plus la note est élevée et plus l'investisseur qui va prêter des capitaux a des chances de voir ce prêt remboursé. A l'inverse, plus la note est mauvaise et plus le prêt est risqué. Quel est le principal critère pour obtenir une bonne note ? Avoir peu de dettes pour prouver à l'investisseur que vous pourrez rembourser le capital (ce qu'on vous prête) et les intérêts (ce que le prêteur gagne en plus de ce qu'il vous a prêté).

La note maximale, équivalente à un 20/20, est AAA. Jusqu'à ce vendredi 13 décembre 2011, la France était le plus vieux pays à avoir cette note sans interruption. En effet, Standard & Poor's notait la France triple A depuis 1975. Idem pour les autres agences de notation créées par la suite (1979 pour Moody's et 1994 pour Fitch).

Vers une hausse des taux d'intérêt

A partir du moment où la note a baissé, l'agence de notation Standard & Poor's considère qu'il est aujourd'hui plus risqué de prêter des capitaux à la France. Pourquoi ? Parce que la dette est très élevée et que les recettes fiscales sont jugées insuffisantes par rapport aux dépenses. Concrètement, cela signifie que les taux d'intérêt vont augmenter : les investisseurs continueront à prêter des capitaux, mais comme Standard & Poor's considère que c'est plus risqué, ils demanderont à gagner davantage à court terme. C'est le principe du taux d'intérêt.

Très concrètement, quand la France souhaite emprunter de l'argent, elle émet principalement ce qu'on appelle des "bons du trésor". Il s'agit d'un titre de dette, c'est-à-dire un papier officiel qui stipule que la France s'engage à tout rembourser dans un délai plus ou moins long (sur dix ans par exemple). Jusqu'à aujourd'hui, la France empruntait à 3,03% pour des bons du trésor à dix ans (la France a dix ans pour tout remboursé). C'est ce taux qui risque fort d'augmenter dès lundi, à la reprise des cotations boursières.

Vers une augmentation de la dette

Que se passe-t-il si le taux augmente ? Avec une note AA+, la France est évaluée aujourd'hui comme la Belgique. En 2011, ce pays empruntait avec des taux à dix ans de 4,24%, soit près d'un point de plus que la France. Or, selon différentes estimations, une hausse des taux d'un point signifie un surcoût pour l'Etat évalué entre 2 et 3 milliards d'euros. Sachant que dans le budget 2012, le remboursement des intérêts de la dette s'élève déjà 48 milliards d'euros, la note risque d'être encore salée. Et ce d'autant plus que la France emprunte... pour rembourser et remplacer les emprunts d'il y a dix ans. C'est ce qu'on appelle "refinancer sa dette". Exemple concret : en 2002, sous Chirac, la France a émis des bons du trésor à dix ans. En 2012, tout doit donc être remboursé. Mais comme la situation financière de l'Etat ne s'est pas améliorée, l'Etat devra de nouveau émettre des bons à dix ans (jusqu'en 2022). En moyenne, chaque année, la France doit refinancer environ 12% de sa dette. Combien ça coûte ?

En 2012, la France a prévu d'emprunter près de 178 milliards d'euros sur les marchés financiers pour "refinancer sa dette" qui arrive à échéance. Dans le projet de loi de finances pour 2012, le gouvernement a prévu que la France emprunterait à 3,7% pour des emprunts à dix ans. Tant que ce taux n'est pas franchi, le budget est donc valable. Mais si les taux augmentent à cause de la perte du triple A et dépassent les 3,7%, la France verra son déficit et sa dette augmenter (voir notre article : quelles sont les différences entre la dette et le déficit ?).

Des conséquences aussi pour les emprunteurs publics

Tous les établissements publics qui empruntent avec une garantie "implicite" de l'Etat (les investisseurs savent que l'Etat pourra les aider en cas de non remboursement de leur dette) seront également touchés par la perte du triple A et devront emprunter à des taux plus élevés. De qui s'agit-il ? De Réseau ferré de France (RFF), de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), de l'Unedic mais aussi des autres emprunteurs publics comme... la Ville de Paris.

Des conséquences qui ne sont pas toujours prévisibles

Si le scénario décrit plus haut est le plus vraisemblable, en finance, rien n'est pas automatique. Par exemple, les Etats-Unis ont perdu leur triple A en août 2011 mais les taux d'intérêt n'ont pas pour autant augmenté car les investisseurs ont estimé qu'il n'y avait pas de risque que l'Etat ne rembourse pas ses dettes. Tout dépend donc du pays (les Etats-Unis ne sont pas la Grèce). En outre, la France est toujours notée triple A par les deux autres grandes agences de notation : Moody's et Fitch. Tout dépendra donc aussi de l'attitude des investisseurs.

Une chose est sure : il faudra plusieurs années avant que la France ne récupère son triple A et cela ne pourra se faire qu'au prix de nouveaux sacrifices (coupes dans les dépenses publiques et hausse des impôts). Certains pays y sont parvenus comme la Suède, la Finlande, la Norvège, le Canada ou encore l'Australie. Mais tous ces pays ont mis entre dix et vingt ans pour récupérer leur triple A.



*** Sources
- Vittorio De Filippis, "Une dégradation aux multiples conséquences", Libération, 14/01/2012
- Clément Lacombe, "A quoi ressemble la vie après la perte du AAA ?", Le Monde, 14/01/2012
- Anne Cheyvialle, "Dix à vingt ans pour regagner le AAA", Le Figaro, 14/01/2012




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