Présidentielle américaine : les primaires démocrates s'enlisent

Présidentielle américaine · 4 mai 2008 à 20:02

Clinton et Obama

En janvier, lorsque les primaires démocrates avaient débuté, personne n'avait imaginé que le candidat ne serait pas encore connu au mois de mai. Pire, il est maintenant certain qu'aucun des deux candidats démocrates n'obtiendra la majorité requise, 2025 délégués, et que le choix final aura lieu au mois d'août lors de la convention démocrate. Cet enlisement pourrait profiter au camp démocrate qui a désigné depuis maintenant plusieurs semaines, John McCane, comme possible successeur de George Bush.

Sunday Time, chronique n°08

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Sunday Time

Obama/Clinton : aucun des deux ne veut lâcher

Hillary Clinton était largement favori avant le début des primaires. Barack Obama a réussi à renverser la tendance sans toutefois éliminer définitivement sa rivale dans la course à la maison blanche. Pour l'instant, les deux candidats sont au coude à coude, avec une légère avance pour Barack Obama. Mais Hillary Clinton a remporté la primaire de Pennsylvanie, cette semaine, montrant ainsi que le parti démocrate était définitivement divisé en deux camps de force égale.
Aucun des deux candidats ne veut lâcher prise. Barack Obama est en tête par le nombre d'Etats remportés, par le nombre des délégués envoyés à la convention démocrate et par le nombre de voix. En outre, il distance très largement Hillary Clinton dans les sondages en cas de duel contre le candidat républicain, John McCane. Mais la candidate démocrate refuse d'abandonner et conteste la légitimité d'Obama : elle fait valoir qu'elle a remporté tous les Etats les plus peuplés, notamment les Etats clés où républicains et démocrates sont à égalité. Sachant que Barack Obama n'obtiendra pas la majorité des délégués à l'issue des primaires, elle veut donc rester en course jusqu'en août.

Des primaires qui s'éternisent et alourdissent le montant de la facture

La prolongation de ces primaires pose plusieurs problèmes : d'une part les démocrates se déchirent, d'autre part, ils dilapident leur trésor de guerre au point que le parti démocrate s'inquiète de sa situation financière avant même que la vraie campagne présidentielle ne débute. Selon les derniers comptes de campagne**, Hillary Clinton est pratiquement en cessation de paiement. En mars dernier, elle a réussi à lever 21 millions de dollars mais en doit 10,3 millions. Selon les estimations, il ne lui reste plus que 9,3 millions de dollars pour la fin des primaires. De son côté, Barack Obama continue d'enregistrer des dons record avec 43 millions de dollars récoltés en mars. Il aurait encore 51 millions de dollars disponibles. Rien qu'en Pennsylvanie, il a dépensé près de 9 millions de dollars en publicité.
Ces chiffres record inquiètent le parti démocrate car tous ces fonds utilisés sont autant de liquidités en moins pour la campagne présidentielle à proprement parler. Les deux candidats sont en train d'épuiser toutes les réserves en termes de liquidités si bien que les démocrates pourraient être contraints de faire une campagne à minima, contrairement aux républicains dont le candidat John McCane est déjà en campagne active pour l'élection présidentielle.

Les Super-délégués vont devoir trancher en août

Face à l'enlisement des primaires démocrates, il apparaît aujourd'hui certain que les 796 super-délégués seront les arbitres de ces primaires. A défaut d'avoir réuni le nombre de délégués suffisants (2025), Barack Obama et Hillary Clinton ont donc entamé leur travail de lobbying auprès de ces super-délégués. Le rôle de ces derniers n'aura jamais été aussi important. A l'origine, le candidat à l'élection présidentielle est désigné en fonction du vote des militants démocrates à travers deux types de scrutin (primaires et caucus). A chaque scrutin, le vainqueur obtient un nombre de délégués qui le représentera lors de la convention du mois d'août qui désignera le candidat. Sauf que dans ce système complexe, il y a 796 super-délégués, qui sont désignés d'office et libres de voter pour n'importe quel candidat. Pour l'heure, Barack Obama a davantage de soutiens parmi les super-délégués qu'Hillary Clinton mais environ 250 super-délégués ne se sont pas encore prononcés pour l'un ou l'autre des deux candidats.

Pendant ce temps, John McCane est déjà en campagne...

Pendant que les démocrates se déchirent, le candidat républicain est campagne. Depuis plusieurs semaines, il a entamé un grand tour de l'Amérique en menant une campagne de terrain. A défaut de pouvoir s'appuyer sur un bilan jugé très négatif de l'administration Bush encore au pouvoir, le candidat républicain mise sur une campagne de proximité et espère pouvoir rallier à sa cause les déçus du camp d'en face qui ne verront pas leur favori désigné. Convaincu d'être confronté à Barack Obama en novembre prochain, John McCane multiplie les attaques contre le sénateur de l'Illinois en reprenant une partie des arguments utilisés par Hillary Clinton contre lui.
C'est toute l'ambiguïté des primaires démocrates aujourd'hui : plus elles s'éternisent, plus les militants démocrates sont mobilisés et plus le parti apparaît divisé. Les oppositions se durcissent et un ticket Obama/Clinton est désormais inconcevable. Cet enlisement pourrait profiter au candidat républicain.


Prochaines primaires démocrates : Caroline du Nord et Indiana, le mardi 6 mai



** Source des chiffres : Corine Lesnes, "L'argent, élément décisif pour départager les candidats démocrates à la Maison Blanche", Le Monde, 23 avril 2008

*** Liens

Présidentielle américaine
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