50% des crimes et des délits sont le fait de 5% des délinquants : le mensonge préféré de Nicolas Sarkozy

Intox · 25 nov. 2014 à 12:38 · Commentaires 0

Sarkozy et la délinquance

Les années passent, et le même mensonge reste. En pleine campagne pour la présidence de l'UMP, Nicolas Sarkozy a dégainé un faux chiffre : "50% des crimes et des délits sont le fait de 5% des délinquants", a-t-il déclaré lors d'un meeting à Bordeaux. Un chiffre qu'il répète de meeting en meeting... depuis 2007.

Et depuis 2007, Le Monde et Libération publient systématiquement un nouvel article pour démontrer à quel point ce chiffre n'a aucun sens. Certes, cela n'empêche pas Sarkozy de le réutiliser. Mais c'est toujours mieux de rétablir la vérité.

Des témoignages d'adolescents de Saint-Etienne et Grenoble

Cette statistique bidon provient d'une étude sociologique qui date de 2001 et qui s'appuyait sur "témoignages anonymes de 2 300 jeunes de 13 à 19 ans questionnés sur leurs faits et méfaits dans des collèges et lycées de Saint-Etienne et Grenoble", expliquait Libération. Pas de statistiques officielles, juste des témoignages dans deux villes : c'est dire si les chiffres sont fiables et transposables à l'échelle de la France.

L'auteur de cette étude, Sebastian Roché, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), arrivait à la conclusion que "74 % des jeunes interrogés reconnaissaient avoir commis un acte de délinquance (dégradation, fraude dans les transports en commun, vol, agression, trafic, etc.). Et parmi eux, 5 % commettaient 68,5 % des actes (48 % des petits délits, 86 % des délits plus graves et 95 % du trafic)", détaillait Le Monde.

Ce qui ne permet pas du tout de conclure que 50% des crimes et des délits sont le fait de 5% des délinquants. D'abord parce qu'il ne s'agit pas de 5% des délinquants mais de 5% d'une classe d'âge (délinquants ou non), ce qui n'a rien à voir en terme de proportion. Deuxième problème : cette enquête est déclarative et ne s'appuie pas sur des statistiques officielles du ministère de la justice. Personne n'est donc allé vérifier si les déclarations de ces jeunes étaient vraies. Enfin, et surtout, aucune statistique ne permet de généraliser cette statistique qui ne s'appuie que sur un échantillon de 2 300 jeunes questionnés dans deux villes de France il y a près de 13 ans.


*** Sources
- G. Cerez, "Guéant, récidiviste de l'intox", Libération, 21.02.2013
- A. Pouchard, "Délinquance : Sarkozy récidive avec les détournements de chiffres", LeMonde.fr, 29.10.2014

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