Plan de relance : les dessous du plan de communication de Nicolas Sarkozy

Enquete · 5 déc. 2008 à 20:05

Plan de relance

26 milliards d'euros. Le chiffre est impressionnant. Jeudi 4 décembre 2008, Nicolas Sarkozy a annoncé à Douai, dans le nord, le détail de son plan de relance 2009 pour faire face à la crise financière et à la récession qui se profile. Pendant près d'une heure, le président de la République a jonglé avec les milliards en annonçant des mesures très concrètes, dans tous les domaines. Il y a tellement eu d'annonces que même les journalistes économiques ont dû mal à suivre. Comme à chaque fois, la gauche critique un plan jugé inadapté (l'amélioration du pouvoir d'achat n'est pas une priorité), la droite salue l'audace d'un plan très complet, qui ne laisse aucun secteur d'activités de côté. Fin de l'histoire ? Pas tout à fait. Ce plan de relance est avant tout un plan de communication mêlant mesures concrètes (nouvelles et recyclées) et simples opérations comptables. Les 26 milliards d'euros sont en partie fictifs, dans le sens où, contrairement à ce qu'a laissé entendre Nicolas Sarkozy, l'Etat ne va pas injecter 26 milliards d'argent frais. Décryptage.

Revue de presse du vendredi 05 décembre 2008

- Le Figaro : Les coulisses du plan de relance
- Eco89 : Plan de relance de Sarkozy : la part du pipeau
- Mediapart : La face cachée du plan de relance de Sarkozy

Quand Nicolas Sarkozy aligne les milliards

Le chiffre doit marquer les esprits : le plan de relance de Nicolas Sarkozy est évalué à 26 milliards d'euros répartis en 7 volets.

- SOUTIEN DES PME : 11.5 milliards d'euros vont être consacrés aux remboursements de l'Etat aux Petites et Moyennes Entreprises. Il s'agit des sommes que les entreprises perçoivent au titre du remboursement de la TVA par exemple et autres frais divers. D'habitude, l'Etat étale ces remboursements (3 mois pour la TVA par exemple). Avec le plan de relance, l'idée est d'accélérer les remboursements pour éviter que les entreprises se retrouvent en panne de trésorerie.

- INVESTISSEMENTS PUBLICS : 10,5 milliards d'euros vont être consacrés aux investissements publics. L'Etat va accélérer les investissements (aménagements du territoire, infrastructures, etc.) qui devaient s'étaler dans le temps et mettre à contribution les collectivités locales et les entreprises publiques ou celles dans lesquelles l'Etat a des participations (RATP, SNCF, GDF). L'objectif est de remplir les carnets de commande des entreprises.

- LOGEMENT : 1,8 milliards d'euros vont être dépensés pour soutenir le secteur du logement, fortement touché par la crise. Ces dépenses seront consacrées à la rénovation urbaine, à la construction de 70 000 logements supplémentaires, et à la multiplication par deux du prêt à taux zéro (pour aider les ménages qui achètent un bien immobilier neuf pour la première fois).

- AUTOMOBILE : 1,3 milliards d'euros seront consacrés au secteur automobile avec une prime à la casse de 1000 euros aux automobilistes qui se débarrasseront d'une voiture de plus de dix ans et qui en achèteront une n'émettant pas plus de 160 grammes de CO2. L'objectif est d'écouler le stock de voitures neuves estimé à 1 million de véhicules.

- SOUTIEN DES MENAGES LES PLUS MODESTES : 760 millions d'euros vont être reversés aux bénéficiaires du RSA dès le mois de décembre. Cette aide correspond à une enveloppe de 200 euros par ménage pour aider les plus modestes qui sont les premiers touchés en temps de crise.

- SOUTIEN A LA CREATION D'EMPLOI : 700 millions d'euros vont servir à financer de nouvelles exonérations de charges sociales pour les petites entreprises de moins de 10 salariés. Pour tout emploi créé en 2009, l'entreprise ne paiera pas de cotisations socialistes.

- SOUTIEN AUX DOM/TOM : 73 millions d'euros vont être spécialement attribués aux DOM/TOM qui sont tout particulièrement touchés par la crise.

Plan de relance ou simple opération comptable

A première vue, le plan de relance semble donc impressionnant par son ampleur, les moyens mobilisés et les secteurs touchés. Mais à y regarder de plus près, de nombreuses annonces avaient déjà été faites, et certaines mesures ne correspondent pas à de l'argent frais injecté dans le circuit économique. Par exemple, les 11,5 milliards consacrés aux PME ne sont que des avances de sommes qui étaient de toute façon dues par l'Etat aux PME. S'agissant des investissements publics, sur les 10,5 milliards prévus, l'Etat ne va en mettre que 4 milliards sur la table. Les 4 autres milliards seront investis par les entreprises publiques elles-mêmes (à charge pour elles de revoir leur budget). Quant aux 2,5 milliards d'euros restant, ce sont les collectivités locales (régions, départements) qui seront incitées à investir par l'Etat. Des aides (non chiffrées) sont prévues mais dans un contexte de crise, il n'est pas acquis que les régions aient les capacités de réaliser effectivement ces investissements. Pour de nombreux économistes, le plan de relance est donc avant tout une opération comptable : on débloque des crédits qui étaient déjà prévus (c'est le cas de l'annonce de la création de nouvelles lignes TGV), ou on anticipe des remboursements qui étaient de toute façon obligatoires. Au final, l'Etat va réellement injecter autour de 5 milliards d'euros. Ce chiffre est déjà conséquent, mais bien éloigné des 26 milliards affichés.

Communiquer le jeudi, et passer à autre chose la semaine suivante

Depuis plus d'un mois, l'Elysée et Matignon préparent ce plan de relance. Tous les ministères ont été mis à contribution. Un plan de communication bien calibré a été prévu : une annonce officielle le jeudi, suivie de la création du poste de ministre de la relance, confié à Patrick Devedjian, le lendemain. Les membres de la majorité ont investi tous les médias pour assurer le service après-vente du plan de relance.
En matière de communication politique, le coup est donc bien joué. En annonçant une série de mesures aussi détaillées et complexes dans leur mise en oeuvre, Nicolas Sarkozy prend tout le monde de vitesse. Ce matin, la presse a d'abord résumé l'essentiel des mesures et ensuite sollicité l'avis de quelques économistes. Mais les journalistes n'ont pas eu le temps d'étudier dans le détail la réalité de chacune de ces mesures. En bon politique, Nicolas Sarkozy a mêlé de fausses annonces avec de réels investissements. Démêler le vrai du faux relève d'un véritable travail de fourmis. L'actualité immédiate étant ce qu'elle est, il y a fort à parier que les quotidiens ne reviendront pas la semaine prochaine sur le détail de ce plan de relance. Communiquer le jeudi, c'est s'assurer d'une bonne couverture médiatique en fin de week-end, et passer à autre chose la semaine suivante. Dans un paysage médiatique marqué par l'instantanéité, seul le chiffre de 26 milliards d'euros restera.



Afin d'essayer de comprendre en détail ce que prévoit effectivement ce plan de relance, nous consacrerons nos revues de presse de la semaine prochaine exclusivement à ce plan, à contre-courant, vraisemblablement, de l'actualité de la semaine prochaine. Nous allons donc inaugurer la "revue de presse anachronique", décalée dans le temps, pour mieux comprendre les ressorts d'un plan de relance complexe.

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