La victoire écrasante de l'UMP est-elle uniquement liée au scrutin majoritaire ?

Thematiques · 11 juin 2007 à 23:11

La vague bleue

Avec 45,52% des voix, l'UMP remporte très largement ces élections législatives. Mais avec 45% des voix, le parti de Nicolas Sarkozy peut espérer obtenir plus de 400 députés sur un total de 577, c'est-à-dire plus de 70% des sièges. Comment peut-on passer de 45% des voix à 70% des sièges ? C'est le principe du scrutin majoritaire à deux tours qui permet au vainqueur d'avoir une majorité suffisante pour qu'il n'y ait pas d'instabilité politique. Au lendemain du premier tour, tous les commentateurs parlent de "vague bleue", de "victoire écrasante" de l'UMP. Mais cette victoire écrasante est-elle liée au mode de scrutin majoritaire ? Pas si sûr. Explications.

Le résultat des législatives conditionné par le résultat de la présidentielle

31% au premier tour de la présidentielle, 53% au deuxième tour, 100% du pouvoir exécutif et législatif pour l'UMP. En raison de la proximité dans le temps entre l'élection présidentielle et les élections législatives, celui qui gagne la présidentielle gagne les législatives au nom de la logique politique, les électeurs donnant au nouveau président une majorité à l'Assemblée Nationale pour qu'il puisse appliquer son programme. Dans les faits, l'effacement du législatif au profit de l'exécutif pose un problème démocratique : l'Assemblée n'est plus qu'une simple chambre d'enregistrement des décisions du gouvernement et du président. Avec le quinquennat, les élections législatives pour désigner les représentants de la Nation sont devenues secondaires.

Législatives : un scrutin majoritaire pas si représentatif

Non seulement le pouvoir législatif a perdu de son importance, mais la manière dont sont élus les représentants de la Nation pose problème. Avec un scrutin majoritaire à deux tours, on élimine les "petits" candidats au premier tour pour ne conserver que les deux candidats des principaux partis, souvent issus de l'UMP et du PS, au deuxième tour. Ce mode de scrutin favorise la bipolarisation gauche/droite et permet au vainqueur d'obtenir une majorité stable pour gouverner.
Le scrutin proportionnel (5% des voix = 5% des sièges), utilisé sous la IVe République, était plus juste, mais plus instable car pour obtenir plus de 50% des sièges, un parti devait passer des alliances avec d'autres partis. Or, ces alliances étaient rompues à la première difficulté. Exemple : entre 1929 et 1939, 18 gouvernements se sont succédés à cause de l'instabilité qu'entrainait la proportionnelle.
Le scrutin majoritaire est donc plus efficace. Seulement, il provoque une crise de la représentation. Avec 45% des voix, l'UMP va obtenir plus de 70% des sièges. Alors que des partis qui font des millions d'électeurs seront réduits à la portion congrue (1 ou 2 députés), ou que des partis d'extrême droite et d'extrême gauche n'auront aucun député à l'Assemblée. De fait des millions d'électeurs ne sont pas représentés à l'Assemblée Nationale.

Des élections législatives plus serrées par le passé

La mise en cause du système majoritaire pour expliquer la victoire écrasante de l'UMP est à nuancer. A part en 1986, ce mode de scrutin est en vigueur depuis 1958. Et les élections législatives n'ont pas toujours été des plébiscites. Plusieurs élections législatives au scrutin majoritaire à deux tours ont été extrêmement serrées. En 1978, sous Giscard d'Estaing, il y a une vraie incertitude. La droite semble en passe de perdre ces élections législatives à l'issue du premier tour mais elle parvient finalement à l'emporter au deuxième tour en mobilisant ses électeurs. En 1988, François Mitterrand obtient une majorité relative à l'Assemblée. En 1997, le maintien du Front National au second tour dans plus de 70 circonscriptions est à l'origine de la défaite de la droite et de la victoire de la gauche.
Le mode de scrutin majoritaire n'est donc pas systématiquement responsable d'une victoire écrasante d'un camp sur l'autre.

2007 : une victoire écrasante liée à la faiblesse de la gauche

Finalement, pour ces élections législatives de 2007, le mode de scrutin majoritaire à deux tours ne fait qu'amplifier une tendance politique qui s'inscrit dans la durée : jamais la gauche n'a été aussi faible depuis 1981. Avec moins de 40% des suffrages au premier tour de la présidentielle pour la gauche, le rapport gauche/droite est très déséquilibré depuis des années. Le Parti Socialiste en est à sa troisième défaite d'affilée à l'élection présidentielle.
Après 10 ans de présidence Chirac, l'élection de 2007 devait être une formalité pour la gauche. Depuis presque 30 ans, toutes les majorités sortantes avaient été battues aux élections suivantes. Le choc du 21 avril 2002 et l'élimination du candidat de gauche dès le premier tour de l'élection présidentielle devaient permettre à la gauche d'obtenir une revanche tant attendue.
En outre, la droite avait subit deux lourdes défaites électorales, en 2004 lors des régionales, en 2005 avec l'échec du référendum. Le gouvernement Villepin était impopulaire, notamment au lendemain de la crise du Contrat Première Embauche. Mais la candidate du PS n'a réalisé que 46,9% des voix au deuxième tour de l'élection présidentielle. A l'inverse de la droite qui a renouvelé son programme et actualisé sa doctrine sous l'impulsion de Nicolas Sarkozy, la gauche n'a pas réussi à se rénover. Le projet socialiste éludait un grand nombre de problèmes, et ses alliés naturels (PC-Verts) ont poursuivi un lent déclin débuté depuis plusieurs années. Si le niveau du PS reste élevé, il ne dispose plus de réserves de voix à sa gauche pour pouvoir l'emporter lors des deuxièmes tours.

Par conséquent, c'est cette faiblesse de la gauche qui explique en partie la victoire écrasante de la droite, avec un scrutin majoritaire qui ne fait qu'amplifier ce rapport de force déséquilibré.

*** Liens

- Les dérives du système majoritaire : de 30% des voix à 100% du pouvoir
- Législatives : la victoire de la droite et de l'abstention
- Les résultats du premier tour des élections législatives et les réactions (vidéos)
- Législatives, les petits partis en perdition
- Législatives, le 3ème tour de la présidentielle

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