Le gouvernement de Pierre Messmer

Les années Pompidou

Le choix du nouveau premier ministre

Pierre Messmer

La démission de Jacques Chaban-Delmas est une surprise pour l'opinion publique. Seuls les observateurs de la vie politique étaient au courant de leur mésentente. Le choix du nouveau premier ministre est également une surprise : Pierre Messmer ne figurait pas parmi les favoris. Mais celui-ci a été choisi pour sa rigueur et sa fidélité. Ministre des armées du général De Gaulle entre 1960 et 1969, Pierre Messmer est un militaire qui a le sens de la hiérarchie et de la discipline. C'est une sécurité pour Pompidou de nommer un premier ministre dont il est sur qu'il appliquera sa politique et qu'il ne cherchera pas à lui faire de l'ombre comme Chaban-Delmas. La composition du gouvernement reflète cette volonté de nommer des ministres proches de Pompidou, à commencer par un jeune conseiller qui monte, Jacques Chirac, nommé ministre de l'Agriculture.

La mise en place d'une politique conservatrice

Après le concept de « nouvelle société » défendue par Chaban-Delmas, Pompidou souhaite réorienter sa politique et mener une politique plus conservatrice. Ainsi, la libéralisation de l'ORTF (Office de Radiodiffusion-Télévision Française) est stoppée, un ami personnel du chef de l'Etat, Arthur Conte, est nommé PDG de l'entreprise et un ministère de l'Information est recréé sous l'autorité d'un ministre ultra-conservateur. Malgré ce retour à l'ordre, la politique menée jusqu'alors n'est pas abandonnée : le dialogue au sein des entrepries et les acquis sociaux des travailleurs ne sont pas remis en cause.

Les élections législatives de 1973

Le gouvernement de Pierre Messmer doit surtout préparer les élections législatives de 1973. Ces élections sont risquées pour la majorité de droite pour deux raisons. Tout d'abord les députés de droite sont certains de perdre des sièges à l'Assemblée car les dernières élections législatives en 1968 avaient été exceptionnelles : provoquées juste après mai 1968, ces élections législatives avaient vu une large victoire de la droite de peur d'une révolution. Le contexte étant différent cinq ans plus tard, il apparaît impossible pour les Gaullistes de réaliser le même score. Par ailleurs, ces élections sont risquées car une victoire de la gauche n'est plus à exclure : avec l'adoption du programme commun en juin 1972, la gauche est rassemblée pour la victoire. A droite, de longues négociations ont été nécessaires pour éviter la division. Ne pouvant plus espérer de majorité absolue, les Gaullistes ont négocié avec les Républicains Indépendants de Giscard d'Estaing pour présenter des candidatures uniques.
Les résultats du premier tour sont conformes aux prévisions : la majorité a obtenu 37,9% des voix, les communistes 22,5% et les socialistes 18,7%. Avec 13% des voix, ce sont donc les centristes qui vont jouer le rôle d'arbitre au second tour. Les centristes d'opposition sont regroupés au sein du Mouvement réformateur et ont comme objectif pour ces élections d'obtenir 30 élus pour constituer un groupe autonome à l'Assemblée Nationale. Après de nombreuses négociations, les centristes décident finalement de soutenir la majorité de droite. Au deuxième tour, la droite l'emporte donc avec une large victoire annoncée même si, comme prévu, elle perd des sièges par rapport aux élections de juin 1968.

Une majorité de plus en plus divisée

Malgré cette victoire, la majorité de droite apparaît de plus en plus divisée. Lors de la constitution du nouveau gouvernement de Pierre Messmer, des ministres gaullistes issus de l'UDR (Union pour la Défense de la République) sont écartés, parmi eux Michel Debré. Dans le même temps, des membres issus des Républicains Indépendants sont nommés, comme Michel Poniatowski, proche de Giscard d'Estaing. Ces nominations, logiques puisque la majorité parlementaire de droite est composée de gaullistes et de républicains indépendants, est considérée comme une provocation pour l'UDR, le parti gaulliste. La rupture entre le principal parti de droite et Pompidou est totale en novembre 1973 lors d'un congrès de l'UDF où Michel Devré, évincé du gouvernement, est ovationné et où Jacques Chaban-Delmas est intronisé comme successeur potentiel de Pompidou pour les prochaines élections présidentielles. Au cours de son discours, Chaban-Delmas reprend son concept de « nouvelle société » et présente son programme comme la suite logique de la politique de De Gaulle. Du côté gaulliste, la succession de Pompidou semble donc en marche. D'ailleurs, l'échec de la réforme du quinquennat montre bien les tensions au sein de la majorité. Destinée à limiter le risque de cohabitation entre un premier ministre et un président de partis politiques opposés, la réforme du quinquennat ne peut se faire en raison de l'hostilité des gaullistes qui la considéraient comme une remise en cause institutionnelle de la Ve République de De Gaulle. La rupture entre Pompidou et l'UDR semble donc définitive.

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