Selon Le Canard enchaîné, Eric Woerth serait intervenu pour sauver sa future retraite très avantageuse de conseiller régional de Picardie

Enquete · 20 oct. 2010 à 23:09

La retraite d'Eric Woerth

On pensait tout savoir sur Eric Woerth, le ministre du travail ayant fait l'objet de révélations en cascade ces derniers mois. Et pourtant... Le Canard enchaîné du 14 octobre raconte le dernier combat qu'aurait mené Eric Woerth lorsqu'il était ministre des comptes publics à Bercy : sauver le système de retraite très avantageux des conseillers régionaux de Picardie en faisant intervenir une filiale de la Caisse des dépôts et consignations. La mission est sur le point d'être accomplie. Seul petit problème : Woerth a été conseiller régional de Picardie de 1986 à 2002. Le ministre Woerth serait donc intervenu pour sauver la retraite bonus du conseiller Eric.


Curieusement, une semaine après ces révélations, aucun média (à l'exception du Courrier picard) n'a repris l'information du Canard.

Quand le Conseil régional crée un fonds de capitalisation de 1,2 million d'euros

Depuis 1992, les conseillers régionaux de Picardie bénéficient d'un système de retraite très avantageux... une rente annuelle versée sans aucune cotisation. Magique ? Non, mathématique. Il y a 18 ans, le Conseil régional de Picardie a ouvert, grâce aux généreux contribuables picards, un fonds de capitalisation de 1,3 million d'euros, géré par la Caisse nationale de Prévoyance (CNP). Grâce à lui, selon le Canard, "à partir de 61 ans, chaque ancien conseiller régional reçoit ainsi une rente annuelle de 5 488 euros par mandat de six années effectué. Soit l'équivalent du smic pour deux mandats (douze ans). Bien évidemment, il s'agit d'un petit bonus puisque cette somme s'ajoute à tous leurs autres revenus. Seul problème, en près de vingt ans, le fonds s'est retrouvé à sec...

Deux membres du cabinet d'Eric Woerth seraient intervenus pour maintenir ce fonds

En raison notamment de la hausse de l'espérance de vie, ce mini fonds de pension est devenu insuffisant pour que tous les anciens conseillers régionaux puissent bénéficier de cette rente annuelle. La Caisse nationale de Prévoyance (filiale de la Caisse des dépôts et des Consignations) devait donc "clôturer le guichet" à tout nouveau bénéficiaire. Mais c'était sans compter sur la vigilance de Bercy. D'après Le Canard enchaîné, Eric Woerth "a mobilisé deux membres de son cabinet, dont un inspecteur des finances" avec pour mission de "maintenir les avantages du minuscule régime de retraite des conseillers régionaux de Picardie" en essayant de "ramener à la raison la CNP (filiale de la Caisse des dépôts et consignations)" pour qu'elle ne ferme pas le guichet.


Source : Alain Guédé, "Woerth voulait sauver sa petite retraite", Le Canard enchaîné n°4694, jeudi 14 octobre 2010, page 3

Woerth et sa petite retraite

Un fonds sauvé, un futur retraité rassuré ?

Selon l'hebdomadaire, "grâce à l'intervention [de Woerth], ce système devrait être maintenu". Formidable ! Evidemment, il n'y a aucun lien entre cette intervention et le fait que Woerth... pourrait bénéficier de ce système de retraite très avantageux. En tant qu'ancien conseiller régional (de 1986 à 2002), Woerth remplit très largement les conditions pour recevoir plus d'un Smic de bonus chaque mois. Il lui suffira de faire valoir ses droits à la retraite auprès du conseil régional de Picardie en 2017, quand il aura 61 ans. D'ici là, tout le monde aura oublié l'information du Canard publié sept ans plus tôt...

Un article dans Le Canard, une brève du Courrier picard et... c'est tout (ou presque)

Tout le monde aura d'autant plus facilement oublié l'information que personne ou presque ne l'a relayé. A l'exception d'une brève du Courrier Picard, aucun autre média n'a repris l'information à notre connaissance. L'article du Canard n'est pourtant pas passé totalement inaperçu et commence à être relayé sur le net par certains sites indépendants (Les mots ont un sens, Charlie enchaîné), des blogs (celui d'une auteure, ou un autre de la gauche unitaire) ou encore des sites de syndicats (SNES Versailles, Solidaires).

Woerth, retraites

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