Affaire Bettencourt : des témoins confirment l'existence d'enveloppes de liquide données aux politiques

Brèves · 18 juil. 2010 à 22:36

Enveloppes Kraft

La "romance" de Mediapart. Ce terme utilisé par l'ex-comptable lors de sa deuxième audition a sonné la contre-attaque de la majorité face aux accusations de financement occulte qui éclaboussent plusieurs responsables politiques de droite. On sait aujourd'hui que, pour l'essentiel, l'ex-comptable n'est pas revenue sur ses aveux comme il a été annoncé dans un premier temps, et que l'Elysée a fourni à la presse des extraits tronqués du PV d'audition pour stopper la spirale de révélations dans cette affaire Bettencourt.

D'un point de vue médiatique, la contre-attaque est plutôt réussie. A l'approche des vacances, l'affaire devrait quitter la Une des journaux pour se poursuivre dans les couloirs plus discrets de la brigade financière.


En attendant, des PV d'audition continuent à sortir dans la presse. Et contrairement à ce qu'a essayé de faire croire l'Elysée, en dénigrant la "romance" de Mediapart, plusieurs témoins ont confirmé l'existence d'enveloppes de liquide données aux politiques. Le Monde a notamment publié les extraits des dépositions de deux témoins clés. Il s'agit de Chantal Trovel, 62 ans, l'ancienne secrétaire d'André Bettencourt pendant dix ans, jusqu'en 2007, et de Pascal Bonnefoy, 47 ans, l'ancien maître d'hôtel du milliardaire. Si tous deux se gardent bien de dire qui a reçu de l'argent, ils confirment que la distribution d'enveloppes de liquide était une pratique courante :


"Ces enveloppes, elles existaient", explique M. Bonnefoy. Même s'il admet ensuite n'en avoir vu qu'une. " C'était Mme Thibout qui allait retirer les espèces sur demande de Monsieur et Madame - Bettencourt - ", dit-il. (...) "Je savais que M. et Mme Bettencourt aidaient financièrement des personnes politiques, assure Mme Trovel. C'était une évidence que ces personnes venaient pour cela. " Les enquêteurs la relancent : " Une évidence ? " Alors elle raconte. " Durant les périodes qui précédaient des élections de tous ordres, des personnes qui ne venaient pas d'habitude à la maison demandaient des rendez-vous auprès de M.Bettencourt ". Il s'agissait de " candidats qui cherchaient à financer leur campagne ou des candidats sortants ". Chantal Trovel fait le tri, demande à son employeur [Monsieur Bettencourt] s'il souhaite répondre positivement aux sollicitations. " Lorsqu'il disait oui, il recevait cette personne. Ils s'entretenaient ensemble durant une demi-heure à quarante-cinq minutes. Puis la personne repartait. Parfois, il arrivait que M.Bettencourt me dise : "Il est venu vraiment pour ce que je pensais..." Mais il restait évasif... " C'est lors de ces entretiens, discrets, sans témoins, que les espèces changeaient de mains. " M. Bettencourt avait dans son bureau un coffre contenant entre autres des grosses liquidités. Si une personne venait et qu'il avait la somme qu'elle lui demandait, alors il lui remettait les fonds. Mais si M. Bettencourt manquait de liquidités, soit il demandait à Claire Thibout de le contacter, soit il la faisait contacter par moi... " A charge alors pour la comptable d'aller rechercher des espèces. " Des liasses de 10 000 euros, se rappelait, pour sa part, l'ancienne comptable, dans une enveloppe kraft... "


Page Lue dans Le Monde du 16 juillet 2010

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