Les coups de bluff de Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal

Brèves · 6 juin 2007 à 14:41

Les coups de bluff

Si Nicolas Sarkozy est le vainqueur incontestable de l'élection présidentielle, Ségolène Royal n'est pas pour autant perdante sur toute la ligne. Dans leur camp respectif, ils se sont imposés ou sont en train de le faire comme leader incontestable. Pour y parvenir, chacun des deux a du faire un véritable coup de bluff : incarner la rupture avec des sortants pour Nicolas Sarkozy, faire croire à une victoire avec 46,9% des voix pour Ségolène Royal. Explications.

Le coup de bluff de Sarkozy : la rupture avec des sortants

Nicolas Sarkozy a réalisé un coup de bluff en faisant campagne sur le thème de la rupture pendant la campagne présidentielle et pendant la campagne des législatives. Le succès de ce thème montre une volonté de renouvellement des pratiques politiques. Mais le coup de bluff de Sarkozy est d'avoir réussi à faire passer cette idée en ayant comme objectif de reconduire les sortants. C'est la première fois qu'un homme politique ose défendre la rupture avec la politique précédente en réclamant au peuple de reconduire l'équipe déjà en place.
Pendant la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy avait une certaine légitimité à parler de rupture car tous les observateurs s'accordaient à dire qu'il était très différent de Chirac sur un grand nombre de sujets. Or, la situation est différente dans le cadre de ces élections législatives car le nouveau chef de l'Etat veut que cette rupture s'incarne... dans les sortants.
L'implication de Nicolas Sarkozy dans cette campagne peut d'ailleurs étonner car, dans les faits, Nicolas Sarkozy n'a pas besoin de faire campagne. Qu'il ait une majorité de 300 ou 400 députés ne change rien, tous les textes de lois pourront passer. En revanche, Nicolas Sarkozy s'expose inutilement car même si on s'attend à un raz-de-marée à droite, les élus UMP devraient recueillir environ 40% des voix, bien loin des 53% de Sarkozy à la présidentielle.
Malgré cela, il s'apprête à devenir le premier président qui prône le changement en gardant l'équipe en place.

Le coup de bluff de Ségolène Royal : la victoire à 46,9%

Ségolène Royal a également réussi un coup de bluff fantastique dans l'opinion en expliquant à ses électeurs que faire 46,9% à une élection présidentielle était une victoire. Elle n'a jamais reconnu officiellement sa défaite. Dans son discours au soir du second tour, elle a donné rendez-vous pour "d'autres victoires" et refuse de faire le bilan de sa campagne qu'elle ne considère par comme un échec. Le soir de la défaite, Ségolène a presque occupé symboliquement le siège du PS en montant sur le toit de l'immeuble rue de Solférino pour s'adresser aux militants socialistes. Cette scène était saisissante, elle qui a passé toute la campagne présidentielle à essayer de contourner le Parti Socialiste, l'appareil militant qu'elle ne contrôlait pas. Or, le soir où elle échoue, elle affiche un sourire radieux, annonce d'autres victoires, et fête les 47% sur le toit du PS.
Manifestement, ce coup de bluff a marché puisqu'elle apparaît comme le leader naturel à gauche, malgré la défaite. Même les socialistes qui osent mettre en cause Ségolène Royal ne sont pas soutenus par les militants, comme en témoigne les sifflets contre Dominique Strauss-Kahn lors du meeting commun suite à ces propos assez durs contre Ségolène Royal au soir de la défaite socialiste.
En 2008, en toute logique, lors du prochain congrès du PS, Ségolène Royal devrait s'emparer de la direction du parti et préparer les élections de 2012.



Grâce à ces deux coups de bluff, le profil d'une revanche en 2012 entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal apparaît très probable.

*** Liens

La victoire de Nicolas Sarkozy
- 23ème président de la République française
- Les raisons d'une victoire annoncée
- Chirac-Sarkozy : la passation de pouvoir en images

La défaite de la gauche
- Le Parti Communiste et les socialistes redoutent l'après Législatives
- La stratégie de Ségolène Royal : prendre la place de François Hollande à la tête du PS
- Bayrou/Royal : la construction d'un courant social-démocrate ?

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